Contexte et objectifs : le potentiel diagnostique des clichés panoramiques
En pratique quotidienne, la radiographie panoramique constitue un outil de dépistage essentiel, révélant fréquemment des découvertes incidentes asymptomatiques. Ces anomalies de développement dentaire et lésions maxillaires, bien que souvent fortuites, impactent directement la précision des plans de traitement orthodontiques, restaurateurs et chirurgicaux. Le praticien doit ainsi naviguer entre la détection précoce d'agénésies ou de dents incluses et l'identification de pathologies inflammatoires silencieuses pour prévenir une morbidité accrue ou des destructions osseuses iatrogènes.
Cette étude transversale rétrospective visait à déterminer la prévalence radiographique et les caractéristiques précises des anomalies dentaires — classées par nombre, forme et troubles de l'éruption — ainsi que des lésions des mâchoires au sein d'une cohorte de la clinique dentaire universitaire ADEMA (Palma, Espagne). L'analyse a porté sur 527 dossiers cliniques sélectionnés entre 2018 et 2022, couvrant une population diversifiée âgée de 6 à 65 ans.
L'étude repose sur l'exploration systématique de deux axes majeurs : quantifier la fréquence de ces entités cliniques et explorer l'existence de corrélations significatives avec les variables démographiques, à savoir l'âge et le sexe des patients. L'enjeu est de valider si une évaluation panoramique systématique peut transformer la prise en charge clinique par un dépistage ciblé selon le profil du patient.
Une analyse transversale sur 527 clichés panoramiques
Cette étude rétrospective monocentrique a été menée au sein de la clinique dentaire de l'Université ADEMA (Espagne) sur une période de quatre ans (2018-2022). Sur un échantillon initial de 2 324 dossiers, les auteurs ont sélectionné 527 radiographies panoramiques (patients âgés de 6 à 65 ans) répondant à des critères de qualité d'image stricts. Le protocole excluait systématiquement les patients présentant des syndromes cranio-faciaux, des antécédents de chirurgie maxillofaciale ou de traumatismes.
La fiabilité du diagnostic a été assurée par la calibration de trois examinateurs sur 21 clichés tests, atteignant un coefficient de corrélation inter-examinateur substantiel (κ = 0,79). Les anomalies dentaires ont été répertoriées en trois catégories : nombre (agénésie, dents surnuméraires), forme (conicité, dilacération, taurodontisme, dens invaginatus, fusion/gémination) et troubles de l'éruption (inclusion, rétention, ankylose).
Concernant les lésions maxillaires, chaque entité a fait l'objet d'une caractérisation rigoureuse incluant sa localisation précise (maxillaire/mandibule), sa radiodensité et ses propriétés morphologiques (forme ovale, ronde, irrégulière ou pyriforme). Les limites lésionnelles ont été qualifiées de diffuses, bien définies ou corticées. L'analyse des données a été réalisée avec le logiciel IBM SPSS v20.0, utilisant le test de Kolmogorov-Smirnov pour la normalité, ainsi que les tests de Student, Mann-Whitney ou Chi-2 (seuil de significativité p < 0,05) pour explorer les associations démographiques.
Analyse de la prévalence et distribution des anomalies
Sur les 527 clichés panoramiques analysés, 38,2 % des patients (201/527 ; IC 95 % : 34,1–42,4) présentaient au moins une anomalie du développement dentaire. Les troubles de l'éruption constituent la catégorie la plus représentée, touchant 32,3 % de l'échantillon (170/527 ; IC 95 % : 28,4–36,4).
| Type d'anomalie / Lésion | Prévalence (%) | Intervalle de Confiance (95 %) |
|---|---|---|
| Troubles de l'éruption (global) | 32,3 % | 28,4 – 36,4 |
| Inclusions dentaires (Impactions) | 26,9 % | 23,3 – 30,9 |
| Rétentions | 12,5 % | 10,0 – 15,6 |
| Lésions des mâchoires (global) | 30,0 % | 26,2 – 34,0 |
Pathologies maxillaires et corrélations démographiques
Les lésions des mâchoires ont été identifiées chez 30,0 % des patients. Parmi ces découvertes, une large majorité (79,1 %) correspondait à des lésions inflammatoires périapicales. L'étude met en évidence une corrélation significative entre l'âge et le type de découverte fortuite :
- Anomalies dentaires : Significativement plus fréquentes chez les patients jeunes.
- Lésions maxillaires : Prévalence accrue chez les patients plus âgés, avec un pic observé dans la tranche d'âge des 50–65 ans.
L'analyse montre que certains individus cumulent plusieurs troubles de l'éruption simultanément. Ces résultats soulignent la fréquence élevée de découvertes incidentes lors d'examens radiographiques de routine.
Analyse des résultats et impact clinique
Les données de cette étude menée à l'Université ADEMA révèlent une prévalence élevée de découvertes fortuites : 38,2 % des patients présentent au moins une anomalie dentaire de développement et 30 % sont porteurs de lésions maxillaires. Cliniquement, cela signifie qu'un patient sur trois entrant au cabinet pourrait présenter une condition asymptomatique détectable uniquement par un examen radiographique systématique. Les troubles de l'éruption (32,3 %), et plus particulièrement les inclusions dentaires (26,9 %), constituent le motif de découverte le plus fréquent.
L'aspect le plus saillant est la corrélation avec l'âge : les anomalies de développement dominent chez les jeunes patients, tandis que les lésions osseuses, majoritairement inflammatoires (79,1 % des cas), culminent dans la tranche des 50-65 ans. Ces résultats confirment que le panoramique dentaire ne doit pas être perçu uniquement comme un outil de planification prothétique ou chirurgicale, mais comme un véritable dispositif de dépistage précoce des pathologies silencieuses, évitant ainsi des complications majeures comme la destruction osseuse ou les déplacements dentaires.
Limites et perspectives
L'étude souligne toutefois une limite intrinsèque à la radiologie bidimensionnelle : les diagnostics de lésions périapicales, de granulomes ou de kystes restent présomptifs. Sans histopathologie, la précision diagnostique absolue fait défaut, bien que la sémiologie radiographique (contours, radiodensité) fournisse des indices robustes. Par ailleurs, le cadre universitaire de l'étude (ADEMA, Palma de Majorque) peut induire un biais de sélection par rapport à une pratique libérale classique. Les auteurs notent que la variabilité des taux de prévalence dans la littérature mondiale s'explique souvent par des divergences de critères diagnostiques, rendant cette étude de 527 radiographies calibrées (κ = 0,79) particulièrement pertinente pour la région méditerranéenne.
Concrètement, pour le praticien :
- Maintenez le panoramique comme outil de dépistage systématique : un patient sur trois présente une découverte fortuite cliniquement silencieuse.
- Anticipez la gestion des inclusions dentaires (26,9 % de prévalence) chez les jeunes patients pour sécuriser vos plans de traitement orthodontiques.
- Accentuez la surveillance des lésions inflammatoires chroniques chez les 50-65 ans, catégorie la plus exposée aux pathologies périapicales asymptomatiques.
Lexique des anomalies et lésions maxillaires (ADEMA University Clinic)
Impaction dentaire : Identifiée chez 26,9 % des patients de cette cohorte, elle désigne une anomalie d'éruption où la dent est bloquée par un obstacle physique. Pour le praticien, ce résultat souligne la nécessité d'une analyse systématique du panoramique pour anticiper les complications orthodontiques ou chirurgicales.
Lésions périapicales inflammatoires : Représentant 79,1 % des pathologies osseuses décelées dans l'étude, cette catégorie regroupe les radiotransparences d'origine odontogène (granulomes et kystes radiculaires). Leur découverte fortuite est cruciale, car elles restent souvent cliniquement silencieuses jusqu'à un stade avancé.
Taurodontisme : Cette anomalie de forme se traduit par une chambre pulpaire démesurée s'étendant apicalement. Au cabinet, sa détection via le panoramique est un prérequis indispensable avant d'envisager un traitement endodontique, compte tenu de l'anatomie canalaire complexe induite.
Dens invaginatus : Une malformation structurelle résultant d'une invagination des tissus dentaires. Bien que souvent asymptomatique au moment du diagnostic radiologique, elle expose le patient à une pathologie pulpaire précoce, rendant son identification systématique prioritaire.
Dilacération : Anomalie de forme caractérisée par une angulation abrupte de la racine ou de la couronne. Cette particularité morphologique, relevée dans les critères diagnostiques de l'étude, impacte directement la difficulté des extractions et la réussite des traitements canalaires.
Rétention dentaire : À ne pas confondre avec l'impaction, elle concerne 12,5 % des sujets de l'étude. Elle désigne une dent dont l'éruption est interrompue sans barrière physique apparente, nécessitant une surveillance clinique pour prévenir les retards de développement dentaire.
Source
- Titre original : Panoramic radiographic prevalence of dental developmental anomalies and jaw lesions in Mallorca, Spain: a retrospective cross-sectional study
- Auteurs : Daniela Vallejos-Rojas, Sandra Shabaka, Paula Llabrés, Estefanía Sparice, Pere Riutord Sbert, Mónica Piña
- Publication : Frontiers in Oral Health - 2026-05-20
- DOI : https://doi.org/10.3389/froh.2026.1836871
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