Pulpite irréversible : vers une amputation pulpaire sélective et biologique
Face à une pulpite irréversible sur molaire mature, le traitement endodontique radical n'est plus l'unique option. Des données histologiques suggèrent que l'inflammation est souvent confinée à la pulpe camérale, laissant le tissu radiculaire viable et capable de cicatrisation si la charge bactérienne est maîtrisée. C'est sur ce postulat de thérapie de la pulpe vivante (VPT) et du concept « EndoLight » que repose cette étude clinique randomisée.
L'objectif principal était de comparer l'efficacité clinique et radiographique de deux approches chirurgicales — la pulpotomie coronale et la pulpotomie radiculaire partielle — associées à l'usage de deux types d'échafaudages bioactifs : le chitosan et la fibrine riche en plaquettes (PRF). L'étude a ciblé spécifiquement des molaires permanentes matures présentant une pulpite irréversible symptomatique, incluant des cas avec parodontite apicale débutante.
Au-delà de la profondeur d'éviction pulpaire, les auteurs testent l'hypothèse qu'un scellement au Biodentine couplé à ces matériaux régénératifs favorise une survie prévisible de l'organe dentaire. Pour le praticien, l'enjeu est de déterminer si une amputation plus profonde (3 à 4 mm sous les orifices canalaire) ou le choix d'un biomatériau spécifique améliore le pronostic par rapport à une approche coronale classique, évitant ainsi le recours systématique au traitement de canal.
Design expérimental et échantillonnage
Cet essai clinique randomisé en groupes parallèles a été mené sur 68 patients âgés de 15 à 35 ans (répartis initialement en 4 groupes de 17). L'étude a porté sur des molaires permanentes matures présentant une pulpite irréversible symptomatique, avec ou sans parodontite apicale associée. Les critères d'inclusion exigeaient une douleur spontanée, une réponse prolongée aux tests thermiques et une hémostase obtenue en moins de 5 minutes après l'amputation pulpaire.
Protocole opératoire et groupes expérimentaux
Après anesthésie locale (lignocaïne 2 %, épinéphrine 1:80 000) et isolation, les cavités ont été décontaminées au NaOCl à 5,25 %. L'hémostase a été réalisée avec du NaOCl à 3 %. Quatre modalités thérapeutiques ont été comparées :
- Pulpotomie coronale (PC) + Chitosan : Amputation au niveau des orifices, application de chitosan (2 mm).
- PC + PRF : Amputation identique, application de PRF autologue (centrifugé à 3000 rpm pendant 10 min).
- Pulpotomie radiculaire partielle (PRP) + Chitosan : Éviction de 3 à 4 mm de pulpe radiculaire, application de chitosan.
- PRP + PRF : Procédure de PRP avec application de PRF dans les orifices canalaires.
Dans tous les cas, une couche de 3 à 4 mm de Biodentine a été appliquée avant la restauration finale (CVI et composite).
Évaluation et analyses
La douleur a été mesurée par échelle VAS (J1, J7, J30). Le suivi radiographique a inclus des clichés périapicaux (3, 6 et 12 mois) et une CBCT à 12 mois pour évaluer les indices périapicaux (PAI) et les calcifications canalaires. Les données ont été traitées par les tests de Mann–Whitney U, Fisher et la méthode de Kaplan–Meier pour la survie.
Analyse des performances cliniques et radiographiques
Sur les 68 participants initialement inclus (répartis en 17 par groupe), 50 patients ont complété le suivi total à 12 mois. L'étude rapporte 10 perdus de vue et 8 échecs cliniques. Les données analysées portent sur les résultats à 3, 6 et 12 mois.
Évaluation de la douleur et cicatrisation périapicale
- Douleur (VAS) : Aucune différence statistiquement significative n'a été observée entre les quatre groupes, quel que soit l'intervalle de suivi (1, 7 et 30 jours). Les auteurs notent toutefois une diminution progressive des scores moyens de douleur dans tous les groupes au fil du temps.
- Index Périapical (PAI) : L'évaluation radiographique (IOPA et CBCT) montre une réduction progressive des scores PAI. Une différence intergroupe statistiquement significative a été relevée uniquement à l'échéance de 3 mois ; les résultats aux autres points temporels sont restés statistiquement non significatifs.
- Calcification : L'incidence des calcifications canalaires a augmenté graduellement durant la période de suivi dans l'ensemble des groupes, sans variation statistique significative entre eux.
Taux de survie et comparaisons intergroupes
Le taux de survie global rapporté par l'étude est de 88,2 %. Bien que les survies soient statistiquement comparables entre tous les groupes, les données numériques indiquent des variations selon la profondeur de l'amputation et le matériau utilisé :
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| Groupe de traitement | Technique chirurgicale | Échafaudage biologique | Taux de survie (%) |
|---|---|---|---|
| Groupe 1 | Pulpotomie coronale | Chitosane | 82,4 % |
| Groupe 2 | Pulpotomie coronale | PRF (Platelet-Rich Fibrin) | 88,2 % |
| Groupe 3 | Pulpotomie radiculaire partielle | Chitosane | 88,2 % |
| Groupe 4 | Pulpotomie radiculaire partielle | PRF (Platelet-Rich Fibrin) | 94,1 % |
Ces résultats suggèrent que la pulpotomie radiculaire partielle, en permettant une élimination plus profonde du tissu potentiellement enflammé (3 à 4 mm sous l'orifice), pourrait favoriser un meilleur contrôle de l'hémostase et une survie légèrement supérieure, particulièrement lorsqu'elle est associée au PRF.
Analyse clinique : la vitalité pulpaire au-delà du dogme
Les résultats de cet essai clinique randomisé bousculent la vision binaire du traitement endodontique. Avec un taux de survie global de 88,2 % à 12 mois, l'étude valide le concept EndoLight : l'inflammation en cas de pulpite irréversible reste souvent localisée à la pulpe camérale. Pour le praticien, cela signifie que la conservation de la pulpe radiculaire est non seulement possible, mais prévisible, même en présence d'une parodontite apicale débutante.
L'avantage clinique semble pencher vers la pulpotomie radiculaire partielle (Groupes 3 et 4), qui affiche des tendances de survie supérieures, culminant à 94,1 % pour le groupe PRF. Cette efficacité s'explique par l'exérèse plus profonde (3 à 4 mm sous les orifices) des tissus potentiellement infectés, facilitant un meilleur contrôle de l'hémostase par rapport à la technique camérale simple. L'utilisation du PRF, par sa richesse en facteurs de croissance, et du chitosan, pour ses propriétés antimicrobiennes, offre un support biologique robuste au Biodentine.
Le bémol ? Un échantillon qui reste modeste (n=17 par groupe initialement) et un suivi limité à un an. Si ces résultats corroborent les observations de Shah ou Baranwal citées dans l'étude, ils imposent une rigueur absolue dans le protocole de désinfection et le choix des matériaux bioactifs pour garantir le scellement coronaire.
Synthèse des résultats
Cette étude randomisée menée sur 50 molaires matures démontre l'équivalence clinique des protocoles : aucune différence statistique n'a été observée entre pulpotomie camérale et radiculaire partielle, ni entre l'usage du PRF et du Chitosane. Avec un taux de survie global de 88,2 % à 12 mois (8 échecs sur 58 patients ayant terminé le suivi), les résultats confirment que la préservation pulpaire est une alternative prévisible au traitement endodontique conventionnel, même en présence de pulpite irréversible.
Concrètement, pour le praticien :
- Validez l'hémostase : Si le saignement est contrôlé en moins de 5 minutes (coton imbibé de NaOCl à 3 %), la vitalité pulpaire peut être préservée avec succès.
- Adaptez la profondeur : En cas de saignement persistant à l'entrée des canaux, une pulpotomie radiculaire partielle (exérèse de 3 à 4 mm) offre des taux de réussite statistiquement identiques à la pulpotomie camérale.
- Liberté sur le scaffold : Le PRF et le Chitosane s'avèrent tout aussi efficaces l'un que l'autre sous une base de Biodentine pour stimuler la cicatrisation et la formation de dentine réparatrice.
Lexique technique de l'étude
Vital Pulp Therapy (VPT) : Approche thérapeutique biologique visant à préserver la vitalité du tissu pulpaire dentaire comme alternative conservatrice au traitement radiculaire conventionnel.
Partial radicular pulpotomy : Procédure chirurgicale consistant à retirer la pulpe coronaire ainsi qu'une section de 3 à 4 mm de la pulpe radiculaire sous les orifices canalaires pour éliminer les tissus enflammés.
Chitosan : Échafaudage (scaffold) bioactif utilisé ici sous forme de poudre mélangée à du propylène glycol, sélectionné pour ses propriétés antimicrobiennes, hémostatiques et sa biocompatibilité.
Platelet-rich fibrin (PRF) : Concentré plaquettaire autologue obtenu par centrifugation (3000 rpm pendant 10 min), riche en facteurs de croissance favorisant l'angiogenèse et la régénération tissulaire.
Biodentine : Ciment silicate de calcium bioactif utilisé comme matériau de scellement pulpaire pour ses propriétés d'étanchéité et sa capacité à stimuler la formation de dentine réparatrice.
EndoLight concept : Concept clinique postulant que l'inflammation pulpaire est souvent localisée, permettant de préserver la pulpe radiculaire saine via une pulpotomie sélective lorsque l'hémostase est contrôlée.
Source
- Titre original : Partial radicular versus coronal pulpotomy using chitosan and platelet-rich fibrin in vital permanent molars with irreversible pulpitis, with or without associated apical periodontitis: A randomized controlled trial
- Auteurs : Neelam Mittal, Harakh Chand Baranwal, Deepti Singh, Chanda Dhakad, Ayushi Kejriwal, Shelly Sharma
- Publication : Journal of Conservative Dentistry and Endodontics - 2026-07-31
- DOI : https://doi.org/10.4103/jcde.jcde_355_26
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