Un défi clinique rare : Fibrome desmoplastique et Sclérose Tubéreuse de Bourneville
Imaginez une patiente de 12 ans, suivie pour une sclérose tubéreuse de Bourneville (TSC) et stabilisée sous carbamazépine (200 mg), se présentant avec une tuméfaction mandibulaire indolore évoluant depuis deux ans. Ce cas clinique exceptionnel confronte le praticien à la co-occurrence rare d'un fibrome desmoplastique (FD) dans un contexte de TSC. Bien que bénin, le FD se caractérise par une agressivité locale redoutable et un risque de récidive élevé, atteignant 37 à 72 % après un simple curetage. Cette étude documente la prise en charge d'une lésion lytique expansive de 5,2 x 4,1 x 3,8 cm ayant provoqué une déformation bicorticale et un déplacement dentaire significatif.
L'objectif de ce rapport est de détailler la stratégie chirurgicale de résection segmentaire et de stabilisation rigide adaptée à une enfant en croissance. Au-delà de l'acte technique, les auteurs interrogent le lien pathogénique entre ces deux entités : l'hypothèse centrale repose sur la dérégulation de la voie de signalisation mTOR, liée à la TSC, qui pourrait favoriser cette prolifération mésenchymateuse. Pour le chirurgien oral, l'enjeu est de valider une approche radicale d'emblée afin de prévenir la récurrence tout en planifiant une réhabilitation esthétique et fonctionnelle à long terme.
Protocole thérapeutique et investigations
Ce rapport de cas détaille la prise en charge d'une patiente de 12 ans atteinte de sclérose tubéreuse de Bourneville (TSC) et traitée par carbamazépine (200 mg). La lésion mandibulaire, évoluant depuis deux ans, fait l'objet d'un protocole diagnostique et chirurgical ciblé.
La méthodologie repose sur les interventions suivantes :
- Évaluation par imagerie : Le scanner 3D identifie une lésion ostéolytique de 5,2 × 4,1 × 3,8 cm avec expansion bicorticale. L'IRM objective un hypo-signal en séquences T2 et STIR, caractéristique des stroma fibreux.
- Analyse histopathologique : Une biopsie incisionnelle préalable révèle des faisceaux de collagène denses et des fibroblastes fusiformes sans atypie nucléaire ni nécrose.
- Procédure chirurgicale : Le chirurgien procède à une résection mandibulaire segmentaire sous anesthésie générale avec intubation naso-trachéale. L'exérèse inclut l'ensemble des segments osseux porteurs de la tumeur.
- Réhabilitation fonctionnelle : L'opérateur stabilise le défaut osseux à l'aide d'une plaque de reconstruction en titane de 2,5 mm d'épaisseur disposant de 20 trous.
- Système de fixation : Des vis bicorticales de 2,5 mm × 8 mm fixent le matériel d'ostéosynthèse aux segments mandibulaires résiduels.
L'équipe chirurgicale valide la vacuité tumorale des marges lors de l'examen anatomopathologique final. Compte tenu de l'âge de la patiente et de sa croissance résiduelle, les praticiens diffèrent la reconstruction osseuse définitive jusqu'à la maturité squelettique.
| Paramètre | Observation clinique et radiologique |
|---|---|
| Dimensions maximales | 5,2 x 4,1 x 3,8 cm |
| Localisation | Mandibule gauche (secteur molaire vers le tiers antérieur) |
| Signal IRM (T2 / STIR) | Hyposignal (caractéristique d'une nature fibreuse intra-osseuse) |
| Effet de masse | Déplacement des dents 32 à 36 et amincissement cortical |
Analyse du cas et implications cliniques
Cette observation souligne la complexité de prendre en charge un fibrome desmoplastique (FD) chez une patiente atteinte de sclérose tubéreuse de Bourneville (TSC). Bien que la littérature n'établisse pas de lien de causalité formel, la dérégulation de la voie mTOR, caractéristique de la TSC, pourrait théoriquement favoriser cette prolifération mésenchymateuse. Le défi diagnostique réside ici dans la rareté de cette cooccurrence et dans l'agressivité locale du FD, qui impose une stratégie thérapeutique rigoureuse.
Le choix d'une résection segmentaire avec des marges saines répond au risque majeur de récidive locale du FD, historiquement documenté entre 37 % et 72 % après un simple curetage. L'imagerie par résonance magnétique (IRM) a joué un rôle déterminant en révélant un signal faible en T2 et STIR, orientant immédiatement vers la nature fibreuse de la lésion. Cette spécificité radiologique, corrélée à une expansion bicorticale visible au scanner, a permis de planifier une intervention radicale plutôt qu'une approche conservatrice, souvent insuffisante.
L'utilisation d'une plaque de reconstruction en titane de 2,5 mm sécurisée par des vis bicorticales assure la stabilité structurelle immédiate. Cette approche privilégie le rétablissement des fonctions essentielles et de la symétrie faciale chez cette jeune patiente de 12 ans. Toutefois, l'étude présente une limite intrinsèque : en tant que rapport de cas unique, elle ne permet pas de généraliser le lien pathogénique entre TSC et FD, ni de garantir l'absence de récidive sans un suivi à très long terme.
Synthèse des résultats
Ce cas clinique détaille la prise en charge d'une patiente de 12 ans atteinte de sclérose tubéreuse de Bourneville (TSC) présentant un fibrome desmoplastique mandibulaire de 5,2 x 4,1 x 3,8 cm. L'intervention a consisté en une résection segmentaire stabilisée par une plaque de reconstruction en titane de 2,5 mm fixée par des vis bicorticales de 8 mm, permettant une réhabilitation fonctionnelle immédiate tout en différant la reconstruction osseuse à la maturité squelettique.
Concrètement, pour le praticien :
- Choix chirurgical radical : Privilégiez systématiquement la résection segmentaire avec marges saines plutôt que le curetage, afin de contrer un taux de récidive locale élevé (37 % à 72 %).
- Gestion de la croissance : Chez le jeune patient, utilisez une plaque de reconstruction rigide pour maintenir l'espace et l'occlusion, mais différez la greffe osseuse définitive pour ne pas entraver la croissance mandibulaire résiduelle.
- Vigilance TSC : En présence d'un complexe de sclérose tubéreuse, restez attentif aux proliférations mésenchymateuses rares comme le fibrome desmoplastique, possiblement favorisées par la dérégulation de la voie mTOR.
Lexique technique de l'étude
Fibrome desmoplastique : Tumeur fibreuse intraosseuse rare et localement agressive, caractérisée histologiquement par des fibres de collagène abondantes et des fibroblastes fusiformes, avec une forte propension à la récidive locale.
Sclérose tubéreuse de Bourneville (TSC) : Syndrome neurocutané autosomique dominant causé par des mutations des gènes TSC1 ou TSC2, entraînant une activation de la voie mTOR et le développement d'hamartomes dans divers organes.
Expansion bicorticale : Phénomène de croissance tumorale entraînant un amincissement et un déplacement simultané des tables osseuses buccale et linguale, caractéristique des lésions mandibulaires expansives.
Voie mTOR (mammalian target of rapamycin) : Voie de signalisation intracellulaire dont la dérégulation est centrale dans la TSC et qui pourrait contribuer à la prolifération mésenchymateuse observée dans le fibrome desmoplastique.
Résection mandibulaire segmentaire : Procédure chirurgicale consistant en l'exérèse complète d'un segment osseux porteur de la tumeur avec des marges saines, privilégiée pour limiter les risques de récidive locale (estimés entre 37% et 72% après curetage).
Plaque de reconstruction (2,5 mm) : Dispositif d'ostéosynthèse rigide en titane, fixé par des vis bicorticales, utilisé pour assurer la stabilisation immédiate du défaut mandibulaire et restaurer la continuité de l'arc après la résection.
Nodules sous-épendymaires calcifiés : Manifestations neurologiques caractéristiques de la sclérose tubéreuse de Bourneville, identifiables par imagerie cérébrale (TDM) pour confirmer le diagnostic de syndrome neurocutané.
Source
- Titre original : Desmoplastic fibroma of the mandible in a child with tuberous sclerosis complex: a rare association and surgical management
- Auteurs : Seetha Rashi, Abdul Majith, Vadupu Udaya Bhanu, Vishnu Raj, Hari Naga Kiran, Paarthipan Natarajan
- Publication : Romanian Journal of Stomatology - 2026-06-11
- DOI : https://doi.org/10.37897/rjs.2026.2.7
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