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Granulome pyogène de la joue : comment ne pas le confondre avec un cancer ?

Le granulome pyogène (GP) buccal est une lésion réactive fréquente sur la gencive (83 % des cas), ma...

Contexte clinique et diagnostic différentiel complexe

Le granulome pyogène (GP) buccal est une lésion réactive fréquente sur la gencive (83 % des cas), mais sa manifestation sur la muqueuse jugale est exceptionnelle, représentant seulement 0,8 % des localisations intra-orales. Chez le patient âgé, une croissance rapide associée à une ulcération de surface peut étroitement simuler des tumeurs vasculaires malignes, telles que l'angiosarcome ou le sarcome de Kaposi. Cette ambiguïté clinique rend le diagnostic histopathologique particulièrement périlleux, comme l'illustre ce cas initialement rapporté comme une « tumeur vasculaire atypique » chez une femme de 69 ans.

Objectifs et hypothèses de l'étude

L’objectif de cette présentation de cas est de documenter la démarche diagnostique rigoureuse nécessaire pour identifier un GP jugal et de souligner le rôle déterminant de l’immunohistochimie (IHC) dans la différenciation des proliférations endothéliales bénignes des néoplasmes infiltrants. L'étude examine l'hypothèse selon laquelle le site anatomique influence non seulement la présentation clinique, mais aussi le comportement biologique de la lésion. Les auteurs comparent le GP jugal à son homologue gingival pour déterminer si la localisation extragingivale est associée à un pronostic plus favorable, notamment en termes de récidive — un risque évalué entre 3 % et 23 % pour les lésions gingivales, mais dont la documentation fait défaut pour les localisations jugales.

Approche diagnostique et protocole analytique

Ce rapport de cas détaille la prise en charge clinique et l'analyse anatomopathologique d'une lésion nodulaire de la muqueuse jugale chez une patiente de 69 ans. Le protocole d'investigation a été structuré pour écarter toute malignité vasculaire face à une croissance terminale rapide de la lésion (1 mois) consécutive à un traumatisme occlusal.

La méthodologie employée comprend les étapes suivantes :

  • Intervention chirurgicale : Réalisation d'une biopsie-exérèse sous anesthésie locale. Par mesure de précaution, l'aspirine quotidienne a été interrompue 7 jours avant l'acte. L'hémostase a été obtenue par mesures locales conventionnelles.
  • Préparation des tissus : Le spécimen excisé, mesurant 1,2 × 1,0 × 0,5 cm, a été fixé au formol, inclus en paraffine, puis sectionné pour une coloration à l'Hématoxyline et Éosine (H&E).
  • Panel immunohistochimique (IHC) : Afin de différencier le granulome pyogène (GP) des tumeurs malignes (angiosarcome, sarcome de Kaposi), un marquage spécifique a été effectué pour :
    • CD31 et CD34 : confirmation de la lignée vasculaire.
    • D2-40 : exclusion d'un phénotype lymphatique.
    • Protéine S100 : identification des faisceaux nerveux périlésionnels.
    • HHV-8 : recherche du virus associé au sarcome de Kaposi.
    • Ki-67 et p53 : évaluation de l'index de prolifération et du profil d'expression génique.
  • Suivi clinique : Une surveillance postopératoire a été maintenue sur une période de 9 mois pour évaluer le risque de récidive malgré des marges initialement déclarées envahies.

Présentation clinique et analyse histopathologique

Le cas rapporte une lésion chez une patiente de 69 ans située sur la muqueuse jugale inférieure gauche, à proximité de la commissure labiale. Initialement stable pendant deux ans après la pose d'implants mandibulaires, ce nodule sessile de 1,0 cm de diamètre a présenté une croissance terminale rapide suite à un traumatisme occlusal (morsure accidentelle). Cliniquement, la masse était de couleur rose-rougeâtre, compressible et sujette aux saignements lors de la manipulation, avec une ulcération centrale focale.

L'examen histopathologique après biopsie excisionnelle (spécimen de 1,2 × 1,0 × 0,5 cm) a révélé une prolifération lobulaire de vaisseaux de calibre capillaire sous un épithélium pavimenteux stratifié hyperplasique. Les capillaires, remplis de sang, étaient bordés par des cellules endothéliales proéminentes au sein d'un stroma fibromyxoïde œdémateux contenant un infiltrat inflammatoire mixte (lymphocytes et neutrophiles).

Résultats de l'immunohistochimie (IHC)

L'analyse IHC a été déterminante pour écarter les diagnostics différentiels de tumeurs vasculaires malignes (angiosarcome, sarcome de Kaposi) :

MarqueurRésultatInterprétation clinique
CD31 / CD34Positif (diffus)Confirmation de la lignée vasculaire
D2-40NégatifExclusion d'un phénotype lymphatique
HHV-8NégatifExclusion du sarcome de Kaposi
Ki-67BasFaible indice de prolifération cellulaire
Protéine S100Négatif (endothélium)Préservation des faisceaux nerveux périlésionnels

Données épidémiologiques et comparatives

La synthèse des données de la littérature incluse dans l'étude met en évidence la spécificité de la localisation jugale par rapport à la localisation gingivale classique :

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  • Distribution anatomique : Dans la plus grande série rapportée (293 cas), la gencive représente 83 % des localisations contre seulement 0,8 % pour la muqueuse jugale.
  • Étiologie : Contrairement aux granulomes pyogènes (GP) gingivaux associés au tartre ou aux dispositifs dentaires, les lésions extragingivales sont quasi exclusivement attribuées à des traumatismes par morsure.
  • Pronostic : Alors que le taux de récidive global du GP buccal oscille entre 3 % et 23 % (données dominées par les sites gingivaux), aucune récidive n'a été documentée pour les cas localisés sur la muqueuse jugale dans la littérature examinée.

Une localisation jugale atypique et trompeuse

Le granulome pyogène est une lésion réactive fréquente, mais son siège est massivement gingival (83 %). La localisation au niveau de la muqueuse jugale, comme chez cette patiente de 69 ans, ne représente que 0,8 % des cas. Cette rareté, couplée à une croissance rapide suite à un traumatisme occlusal (morsure) et à un âge avancé, peut orienter à tort le praticien vers des pathologies vasculaires malignes. Dans cette étude, la lésion de 1 cm, initialement stable pendant deux ans après la pose d'implants, a brusquement augmenté de volume, mimant cliniquement et histologiquement un angiosarcome ou un sarcome de Kaposi en raison d'une prolifération endothéliale marquée.

L'immunohistochimie : l'arbitre indispensable

Le diagnostic définitif a reposé sur un profil immunohistochimique précis. Si les marqueurs CD31 et CD34 ont confirmé l'origine vasculaire, l'absence de marquage pour l'HHV-8 a permis d'exclure un sarcome de Kaposi. Par ailleurs, l'absence d'atypie cytologique, la préservation des faisceaux nerveux périlésionnels (marquage S100) et un index de prolifération Ki-67 faible ont invalidé l'hypothèse d'une tumeur maligne. Fait notable : bien que les berges de la biopsie d'exérèse aient été rapportées comme atteintes, la ré-excision initialement différée n'a finalement pas été pratiquée en raison de la nature bénigne confirmée par les analyses complémentaires.

Pronostic : une spécificité anatomique ?

L'étude suggère une distinction comportementale entre le GP gingival et le GP jugal. Alors que la récidive gingivale varie de 3 % à 23 % (souvent liée à des irritants persistants comme le tartre ou des appareils inadaptés), aucune récidive n'a été documentée pour les lésions de la muqueuse jugale. Ici, l'évolution a été favorable sans nouvelle intervention. Cette différence de pronostic pourrait s'expliquer par l'absence d'irritants chroniques inhérents au site gingival, facilitant une guérison complète après simple exérèse, même si le suivi reste la règle.

Limites de l'étude

Il s'agit d'un rapport de cas unique (n=1) documentant une localisation rare. Bien que les auteurs s'appuient sur une série de 293 cas pour les statistiques de prévalence, les données spécifiques à la muqueuse jugale restent limitées à une douzaine de cas dans la littérature anglophone. La généralisation du faible taux de récidive pour ce site spécifique nécessite donc des études de cohorte plus larges pour confirmer cette tendance clinique.

Concrètement, pour le praticien :

  • Vigilance diagnostique : Ne pas exclure le granulome pyogénique face à une lésion exophytique à croissance rapide chez le sujet âgé ; toutefois, la biopsie avec immunohistochimie (CD31, CD34, HHV-8) est indispensable pour écarter un angiosarcome ou un sarcome de Kaposi.
  • Pronostic par site : Notez que le risque de récidive est significativement plus faible pour les localisations jugales (proche de 0 % dans la littérature) par rapport aux localisations gingivales classiques (3 % à 23 %).
  • Conduite à tenir : En cas de diagnostic confirmé de GP sur la muqueuse jugale, une surveillance clinique peut être privilégiée à une ré-excision agressive, même si le rapport d'anatomopathologie mentionne des marges impliquées.

Lexique technique de l'étude

Granulome pyogène (GP) : Prolifération capillaire réactive bénigne, également nommée hémangiome capillaire lobulaire, survenant typiquement en réponse à une irritation locale ou un traumatisme.

Hémangiome capillaire lobulaire : Terme histologique synonyme du granulome pyogène, décrivant une architecture organisée en lobules de capillaires tapissés de cellules endothéliales bombées.

CD31 et CD34 : Marqueurs immunohistochimiques de surface exprimés par les cellules endothéliales, utilisés pour confirmer l'origine vasculaire de la prolifération cellulaire.

HHV-8 (Human Herpesvirus 8) : Agent pathogène associé au sarcome de Kaposi ; sa détection négative par immunohistochimie permet d'exclure cette pathologie maligne.

Indice de prolifération Ki-67 : Marqueur nucléaire évaluant la fraction de cellules en phase de division ; un indice faible est un argument diagnostique majeur contre un angiosarcome.

Protéine S100 : Marqueur immunohistochimique utilisé pour identifier les faisceaux nerveux ; leur préservation en périphérie de la lésion témoigne d'une croissance non infiltrante.

D2-40 : Anticorps monoclonal spécifique de l'endothélium lymphatique, utilisé pour différencier une prolifération hémangiomateuse d'un phénotype lymphatique.


Source

  • Titre original : Pyogenic Granuloma of the Buccal Mucosa Mimicking an Atypical Vascular Tumor: A Case Report
  • Auteurs : Ye-Eun Jeong, Yoon-Jo Lee, Seong‐Gon Kim
  • Publication : Journal of Clinical Medicine - 2026-08-05
  • DOI : https://doi.org/10.3390/jcm15156095

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