Gestion multidisciplinaire d'un échec endodontique chez une patiente hypertendue et anxieuse
Gérer un échec endodontique sur une molaire mandibulaire est une procédure courante, mais le défi devient systémique lorsque le patient présente une anxiété dentaire sévère couplée à une hypertension artérielle non contrôlée. Ce rapport de cas décrit la prise en charge complexe d'une patiente de 56 ans souffrant d'une infection odontogène persistante sur la dent #19. Le principal obstacle clinique résidait dans sa réponse physiologique : son hypertension de base (160/80 mmHg) s'envolait à 180/140 mmHg dès l'entrée au cabinet, interdisant toute intervention invasive immédiate.
L'objectif précis de cette présentation est de détailler un parcours de soins coordonné permettant de sécuriser le geste chirurgical et d'optimiser les résultats cliniques. L'approche repose sur la mise en œuvre d'un protocole rigoureux incluant la stabilisation médicale préalable avec le médecin traitant, une extraction atraumatique avec préservation alvéolaire par xénogreffe bovine, et un flux de travail numérique complet. Ce rapport teste la viabilité d'une réhabilitation implanto-portée planifiée par CBCT et finalisée par une restauration vissée, associée à un suivi orthodontique, pour garantir une stabilité fonctionnelle et occlusale à long terme chez un sujet médicalement compromis.
Méthodologie du rapport de cas
Ce rapport de cas documente la prise en charge multidisciplinaire d'une patiente de 56 ans présentant une hypertension artérielle systémique et une anxiété dentaire sévère, avec pour objectif la réhabilitation d'une première molaire mandibulaire gauche (#19) suite à l'échec d'un traitement endodontique (parodontite apicale persistante).
Le protocole clinique s'est articulé selon les étapes suivantes :
- Phase préliminaire : Stabilisation médicale après observation d'une hypertension réactionnelle au cabinet (180/140 mmHg pour une base de 160/80 mmHg) par coordination avec le médecin traitant.
- Phase chirurgicale 1 : Extraction atraumatique sous anesthésie locale suivie d'une préservation de la crête alvéolaire (ARP) utilisant une xénogreffe osseuse bovine déprotéinisée particulaire et une membrane de collagène résorbable.
- Cicatrisation : Période d'attente de 3 mois pour la maturation des tissus mous et du greffon.
- Planification numérique : Analyse tridimensionnelle par Cone Beam Computed Tomography (CBCT) pour le positionnement prothétique de l'implant.
- Phase chirurgicale 2 : Pose d'un implant conique MIS (5 x 13 mm) selon un protocole différé en deux étapes, suivie de la mise en place d'un pilier de cicatrisation après ostéointégration.
- Phase prothétique : Utilisation d'un workflow numérique complet incluant une empreinte optique intraorale avec scan body pour la confection d'une couronne transvissée.
- Suivi : Évaluation clinique et radiographique à 1 an post-réhabilitation, incluant une phase complémentaire de traitement orthodontique interdisciplinaire.
Stabilité hémodynamique et gestion de l'anxiété
Le premier résultat notable de ce cas clinique concerne la réponse physiologique de la patiente face au stress dentaire. Alors que sa pression artérielle (PA) de base, documentée par son médecin traitant, était de 160/80 mmHg, son entrée dans l'environnement clinique a provoqué une élévation immédiate à 180/140 mmHg. Cette hypertension de stade 2, exacerbée par une anxiété sévère, a nécessité le report de l'intervention initiale et une coordination médicale pour stabilisation.
Phase chirurgicale et préservation alvéolaire
Après obtention du feu vert médical, l'extraction atraumatique de la dent #19 a été réalisée. Les observations cliniques ont confirmé une parodontite apicale post-traitement sur cette molaire mandibulaire. La stratégie de préservation de la crête (ARP) a donné les résultats suivants :
- Matériau utilisé : Xénogreffe osseuse bovine déprotéinisée et membrane de collagène résorbable.
- Cicatrisation : Un suivi à environ 3 mois a révélé une maturation complète des tissus mous et une préservation satisfaisante de l'architecture de la crête alvéolaire.
- Qualité osseuse : Le protocole différé a permis d'optimiser le volume osseux nécessaire pour un positionnement implantaire guidé par la prothèse.
Implantologie numérique et intégration
L'analyse tridimensionnelle par CBCT a permis de valider un volume osseux adéquat pour la pose d'un implant MIS conique de 5 x 13 mm. Les résultats de cette phase incluent :
| Paramètre Clinique | Valeur / Observation |
|---|---|
| Dimensions de l'implant | 5 x 13 mm |
| Stabilité primaire | Satisfaisante (mesurée lors de la pose) |
| Positionnement | Conforme à la planification numérique (validation radiographique) |
| Phase secondaire | Connexion du pilier de cicatrisation après ostéointégration |
À l'issue de la seconde étape chirurgicale, l'examen a révélé un profil de tissus mous péri-implantaires sain. La patiente a ensuite été adressée pour une consultation orthodontique interdisciplinaire afin de traiter un encombrement dentaire généralisé et une malocclusion identifiés lors de la phase de restauration.
Analyse clinique : la gestion du risque au service de la précision
Ce rapport de cas souligne une réalité clinique fréquente : l'impact systémique du stress psychologique. La patiente, bien que suivie pour hypertension (160/80 mmHg en routine), a présenté un pic à 180/140 mmHg dès l'entrée au cabinet, rendant toute intervention immédiate dangereuse. La décision de différer l'extraction au profit d'une stabilisation médicale illustre une gestion du risque rigoureuse, préférant la sécurité cardiovasculaire à l'urgence dentaire. Cliniquement, l'utilisation d'une xénogreffe bovine associée à une membrane résorbable pour la préservation alvéolaire a permis de maintenir un volume osseux optimal malgré l'infection initiale, facilitant la mise en place d'un implant de large diamètre (5 x 13 mm).
L'intégration du flux numérique, de la planification CBCT à l'empreinte optique, a sécurisé le positionnement implantaire et la précision prothétique. Le succès à un an, caractérisé par une stabilité osseuse et une santé péri-implantaire, valide l'approche multidisciplinaire. Cependant, les limites de cette étude résident dans sa nature de rapport de cas unique (n=1). Si la stratégie a fonctionné ici, la généralisation de ce protocole dépend de la réactivité du médecin traitant et de la compliance de la patiente vis-à-vis de son traitement antihypertenseur.
Implications pour la pratique
L'étude confirme que le délai de cicatrisation de trois mois après préservation alvéolaire est suffisant pour obtenir une stabilité primaire satisfaisante, même dans un site anciennement infecté. Le passage d'un protocole d'implantation immédiate à un protocole différé a ici réduit l'imprévisibilité chirurgicale. Enfin, l'identification d'une malocclusion en fin de phase restauratrice rappelle que l'implantologie ne doit pas être isolée d'une vision occlusale globale, justifiant ici un recours post-opératoire à l'orthodontie.
Synthèse des résultats
Ce rapport de cas documente la réhabilitation d'une patiente de 56 ans dont l'anxiété sévère a généré une poussée hypertensive à 180/140 mmHg, imposant une stabilisation médicale préalable. Suite à une extraction atraumatique avec préservation alvéolaire (xénogreffe bovine et membrane), un implant de 5 x 13 mm a été posé après trois mois de cicatrisation, aboutissant à une stabilité osseuse et clinique confirmée lors du suivi à 12 mois.
Concrètement, pour le praticien :
- Arbitrez sur la tension : Face à un pic hypertensif induit par le stress (ici 180/140 mmHg), le report systématique des soins invasifs et la coordination avec le médecin traitant sont impératifs pour minimiser les risques cardiovasculaires peropératoires.
- Fiabilisez le volume osseux : En cas d'échec endodontique, privilégiez une préservation alvéolaire lors de l'extraction pour sécuriser le volume nécessaire à un protocole implantaire différé (2 étapes), garantissant une meilleure stabilité primaire.
- Intégrez l'orthodontie : Identifiez les malocclusions durant la phase prothétique ; une correction orthodontique post-implantaire peut être nécessaire pour pérenniser l'intégration occlusale et fonctionnelle de la restauration.
Source
- Titre original : Multidisciplinary Management of Failed Endodontic Treatment in a Hypertensive Patient With Severe Dental Anxiety Using Implant-Supported Rehabilitation: A Case Report
- Auteurs : Keily J Portillo Avila
- Publication : Cureus - 2026-07-13
- DOI : https://doi.org/10.7759/cureus.112619
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