Impact des réhabilitations prothétiques sur l'espace articulaire de l'ATM : une étude comparative
L’édentement partiel unilatéral, classé Kennedy II, induit une modification asymétrique des charges occlusales qui peut retentir directement sur la morphologie et la dynamique de l’articulation temporo-mandibulaire (ATM). Pour le praticien, la question est de savoir si la restauration des calages postérieurs permet de stabiliser ou de corriger ces modifications spatiales articulaires. Cette étude prospective traite spécifiquement de la capacité des réhabilitations à restaurer la distribution de l'espace articulaire de l'ATM chez des patients ayant perdu 2 à 3 unités postérieures.
L’objectif précis de ce travail était d’évaluer, par imagerie CBCT, si les prothèses fixées sur implants et les prothèses amovibles partielles (PAP) restaurent de manière différentielle la distribution de l'espace articulaire par rapport à un groupe de contrôle sain. Les auteurs ont mesuré les dimensions latérales (LJS), médiales (MJS), supérieures (SJS), antérieures (AJS) et postérieures (PJS) avant et 6 mois après la fin des soins.
L'hypothèse testée suggère que les patients en classe II de Kennedy présentent un déséquilibre spatial articulaire prédominant dans le plan coronal et que les deux modalités de réhabilitation pourraient induire une adaptation spatiale de l'ATM, bien que l'équivalence entre fixe et amovible reste à démontrer à court terme.
Méthodologie de l'étude
Cette étude comparative prospective a évalué l'adaptation spatiale de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) chez des patients présentant un édentement partiel. L'échantillon total comprenait 45 adultes, répartis comme suit :
- Groupe test 1 (n = 15) : patients avec édentement unilatéral terminal (Kennedy Classe II, perte de 2 à 3 unités postérieures) réhabilités par prothèse fixe implanto-portée.
- Groupe test 2 (n = 15) : patients présentant le même type d'édentement réhabilités par prothèse adjointe partielle (PAP).
- Groupe témoin (n = 15) : adultes sains dentés.
Le protocole d'imagerie a utilisé la tomographie volumique à faisceau conique (CBCT) à deux étapes clés : au niveau de référence (pré-réhabilitation) et 6 mois après la fin de la réhabilitation prothétique. Les mesures radiographiques ont ciblé cinq espaces articulaires spécifiques : latéral (LJS), médial (MJS), supérieur (SJS), antérieur (AJS) et postérieur (PJS).
L'analyse a également porté sur les différences de distribution spatiale via les calculs médio-latéraux (LJS–MJS) et antéro-postérieurs (AJS–PJS). Les comparaisons statistiques ont été effectuées avec un seuil de significativité fixé à p < 0,05 pour identifier les déséquilibres morphologiques entre les groupes.
Déséquilibres spatiaux initiaux et impact de la réhabilitation
L'analyse initiale par CBCT a révélé que les patients présentant un édentement de classe II de Kennedy (perte de 2 à 3 unités postérieures) affichaient des différences morphologiques significatives par rapport aux sujets sains. Avant réhabilitation, les espaces articulaires latéral (LJS), médial (MJS) et la différence médio-latérale (LJS–MJS) étaient anormalement distribués (p < 0,05).
Comparaison des modalités : Implant vs Prothèse Amovible (PAP)
À 6 mois post-réhabilitation, les données indiquent qu'aucune différence statistiquement significative n'a été observée entre les deux types de traitements (prothèse fixe sur implants vs prothèse partielle amovible) concernant la restauration des espaces articulaires. Les deux approches ont montré une capacité similaire à induire une adaptation spatiale à court terme de l'ATM.
| Paramètre (ATM) | État à 6 mois (vs Témoins) | Significativité (p) |
|---|---|---|
| Espace latéral (LJS) | Différence persistante | p < 0,05 |
| Différence médio-latérale (LJS–MJS) | Différence persistante | p < 0,05 |
| Espace médial (MJS) | Pas de différence significative | p > 0,05 |
| Différence antéro-postérieure (AJS–PJS) | Pas de différence significative | p > 0,05 |
Observations radiographiques et adaptation spatiale
Les résultats mettent en évidence une persistance du déséquilibre dans le plan coronal (LJS et LJS–MJS) malgré la restauration prothétique. Les principales observations incluent :
- Persistance des écarts : Bien que la fonction soit restaurée, des différences significatives subsistent par rapport aux contrôles sains pour le LJS et le ratio LJS-MJS à 6 mois (p < 0,05).
- Normalisation partielle : Aucune différence significative n'a été notée pour le MJS ou l'équilibre antéro-postérieur (AJS–PJS) après 6 mois de mise en charge prothétique.
- Adaptation court terme : Les changements observés via CBCT reflètent une adaptation spatiale de l'ATM plutôt qu'une preuve directe de réduction des risques pathologiques à long terme.
L'étude souligne que l'équilibre de l'ATM chez les patients de classe II de Kennedy semble principalement affecté dans le plan coronal, et que 6 mois de réhabilitation, qu'elle soit fixe ou amovible, ne suffisent pas à restaurer une symétrie spatiale identique à celle d'un sujet sain.
Analyse clinique de l’adaptation de l’ATM post-réhabilitation
Les résultats de cette étude prospective soulignent un déséquilibre articulaire prédominant dans le plan coronal chez les patients présentant un édentement partiel de classe II de Kennedy. Avant tout traitement, ces patients affichent des valeurs d'espaces articulaires latéraux (LJS) et médiaux (MJS) anormales par rapport aux sujets sains. L'étude montre qu'après six mois de réhabilitation, bien que l'espace médial se stabilise, l'asymétrie médio-latérale (LJS–MJS) et les anomalies de l'espace latéral persistent. Cela suggère que la restauration du calage postérieur amorce une adaptation spatiale de l'ATM, mais que celle-ci demeure incomplète à court terme.
Un constat majeur de ce travail réside dans l'absence de supériorité statistique d'une modalité sur l'autre : la prothèse fixée sur implants et la prothèse amovible partielle (PAP) ont montré des effets similaires sur la distribution des espaces articulaires. Toutefois, les auteurs insistent sur le fait que cette absence de différence ne constitue pas une preuve d'équivalence stricte, le design de l'étude n'étant pas randomisé.
Les limites inhérentes à cette recherche incluent un échantillon restreint (n=30 patients) et un suivi limité à six mois. De plus, les observations s'appuient exclusivement sur l'imagerie CBCT. Ces mesures radiographiques traduisent une adaptation spatiale condylienne mais ne peuvent être interprétées comme une preuve directe de bénéfice clinique fonctionnel ou d'une réduction du risque de pathologie articulaire à long terme.
Synthèse des résultats
Cette étude prospective menée sur 30 patients de Classe II de Kennedy montre qu’une réhabilitation, qu’elle soit fixe sur implants (n=15) ou amovible (n=15), normalise l’espace articulaire médial à 6 mois, mais ne corrige pas totalement le déséquilibre du plan coronal. Des différences significatives (p < 0,05) persistent par rapport aux 15 témoins sains, notamment au niveau de l’espace articulaire latéral (LJS) et du ratio médio-latéral, malgré le rétablissement de la charge occlusale.
Concrètement, pour le praticien :
- Anticipez une adaptation lente : La restauration de l'appui postérieur modifie la position condylienne, mais l'équilibre spatial de l'ATM reste incomplet à 6 mois ; ne considérez pas l'adaptation articulaire comme immédiate après la pose.
- Arbitrage fixe vs amovible : À court terme, l'étude ne montre pas de supériorité de l'implant sur la prothèse amovible (RPD) concernant la morphologie de l'espace articulaire ; vos critères de choix habituels (esthétique, budget, volume osseux) restent prédominants.
- Surveillance du plan coronal : Les déséquilibres médio-latéraux semblent plus persistants que les ajustements antéro-postérieurs ; une attention particulière à l'équilibre occlusal transversal pourrait être bénéfique pour stabiliser la position condylienne.
Lexique technique de l'étude
Kennedy Classe II : Classification désignant un édentement partiel unilatéral situé postérieurement aux dents naturelles restantes, caractérisé par l'absence de pilier dentaire distal.
LJS (Lateral Joint Space) : Espace articulaire latéral ; mesure millimétrique de la distance entre le pôle latéral du condyle mandibulaire et la fosse temporale via imagerie CBCT.
CBCT (Cone Beam Computed Tomography) : Technique d'imagerie par faisceau conique permettant une évaluation tridimensionnelle précise des structures osseuses et de la distribution spatiale de l'articulation temporo-mandibulaire.
Déséquilibre du plan coronal : Altération de la position condylienne observée dans cette étude sur l'axe médio-latéral, résultant de la modification des charges occlusales liée à l'édentement.
Édentement terminal unilatéral (Unilateral free-end edentulism) : Perte de 2 à 3 unités dentaires postérieures d'un seul côté de l'arcade, supprimant le calage postérieur et impactant la morphologie de l'ATM.
MJS (Medial Joint Space) : Espace articulaire médial ; mesure de la distance entre le versant interne du condyle et la paroi médiale de la fosse articulaire.
SJS (Superior Joint Space) : Espace articulaire supérieur, représentant la distance entre le sommet du condyle mandibulaire et le toit de la fosse mandibulaire.
Source
- Titre original : Cone-beam CT analysis of temporomandibular joint morphology before and after rehabilitation in patients with Kennedy class II partial edentulism
- Auteurs : Zhoubin Xia, Jing Ren, 健 指山, Yan Yan, Guilin Liu, Changhui Wang, 曹良菊
- Publication : Odontology - 2026-07-20
- DOI : https://doi.org/10.1007/s10266-026-01488-z
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