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L-PRF et HA/β-TCP : quand l'association optimise la cicatrisation alvéolaire

L’extraction dentaire induit un remodelage alvéolaire complexe que les protocoles de préservation par L-PRF et substituts osseux visent à limiter pour l'implantologie.

Introduction

L’extraction dentaire déclenche un processus de remodelage tissulaire complexe et inévitable, caractérisé par une résorption osseuse physiologique du faisceau alvéolaire. Cliniquement, cette perte dimensionnelle, estimée entre 3 et 5 mm en largeur et 1 à 3 mm en hauteur, peut compromettre la réhabilitation implanto-portée, tant sur le plan de la stabilité primaire que de l'esthétique prothétique, particulièrement dans la zone esthétique du maxillaire antérieur.

Pour limiter cette atrophie, les protocoles de préservation de la crête alvéolaire (ARP) ont recours à divers biomatériaux et adjuvants biologiques. La fibrine riche en plaquettes et leucocytes (L-PRF), un concentré plaquettaire de deuxième génération, est largement utilisée pour ses propriétés de libération prolongée de facteurs de croissance et son rôle de matrice fibrineuse favorisant l'angiogenèse et la migration cellulaire. Si l'efficacité de la L-PRF est reconnue, son potentiel ostéoconducteur lorsqu'elle est associée à des substituts osseux synthétiques, tels que le phosphate de calcium biphasique (HA/β-TCP), reste un sujet de discussion clinique, notamment concernant la cinétique de cicatrisation à court terme.

Cette étude clinique randomisée a pour objectif d'évaluer, par analyse histomorphométrique, la néoformation osseuse (NBF) dans des alvéoles de monoradiculées après huit semaines de cicatrisation. Le protocole compare l’utilisation de la L-PRF seule ou combinée à un greffon HA/β-TCP, face à un caillot sanguin cicatriciel et à une greffe autogène, afin de déterminer la viabilité de ces approches pour une mise en charge précoce des implants.

Méthodologie

Cette étude clinique prospective a porté sur une cohorte de 15 patients (moyenne d'âge 56,7 ± 8,2 ans) présentant des indications d'extractions de dents monoradiculaires et de réhabilitation implantaire ultérieure. L'objectif était d'évaluer la cinétique de cicatrisation osseuse après préservation de la crête alvéolaire.

Le protocole a consisté en une exodontie atraumatique suivie d'une répartition aléatoire des alvéoles en quatre groupes distincts :

  • CTR : Témoin (caillot sanguin seul) ;
  • AB : Greffe osseuse autogène ;
  • LPRF : Membrane de fibrine riche en leucocytes et plaquettes ;
  • LPRFHA : L-PRF combiné à un phosphate de calcium biphasique (HA/β-TCP).

À une échéance de huit semaines post-opératoires, des biopsies osseuses ont été prélevées lors du forage pour l'installation des implants. L'analyse histomorphométrique a été réalisée pour quantifier la néoformation osseuse (NBF) à partir de dix microphotographies par échantillon, traitées via le logiciel ImageJ (version 1.54).

L'analyse statistique a reposé sur une ANOVA à un facteur, complétée par des tests post hoc de Bonferroni pour identifier les différences intergroupes significatives. Le seuil de significativité a été fixé à p ≤ 0,05. L'étude a respecté les critères d'inclusion stricts liés à l'anatomie radiculaire et à la stabilité primaire requise pour une mise en charge précoce.

Résultats

L'étude a inclus 15 patients (moyenne d'âge 56,7 ± 8,2 ans) ayant subi une extraction de dents monoradiculées. L'analyse histomorphométrique réalisée à 8 semaines post-opératoire a évalué le pourcentage de néoformation osseuse (NBF) pour chaque modalité de préservation alvéolaire.

Analyse de la néoformation osseuse (NBF)

Les taux de NBF à 8 semaines ont montré des variations selon le matériau de comblement utilisé. Le groupe témoin (caillot sanguin seul) a présenté le taux de régénération le plus élevé, tandis que le groupe combinant le L-PRF au phosphate calcique biphasique (LPRFHA) a montré les valeurs les plus basses.

  • Groupe Contrôle (CTR) : 62,4 ± 18,6 %
  • L-PRF seul (LPRF) : 60,2 ± 17,5 %
  • Os autogène (AB) : 60,1 ± 20,0 %
  • L-PRF + HA/β-TCP (LPRFHA) : 55,8 ± 17,2 %

Signification statistique et comparaisons inter-groupes

L'analyse statistique (ANOVA avec test post-hoc de Bonferroni) a révélé une différence significative entre le groupe contrôle et le groupe LPRFHA :

  • Une différence globale de NBF a été observée entre CTR et LPRFHA (p = 0,014).
  • Le groupe CTR a démontré une formation osseuse supérieure de manière significative par rapport au groupe LPRFHA (p = 0,012).
  • Équivalence clinique : Aucune différence statistiquement significative n'a été relevée entre les groupes L-PRF seul et Os autogène (60,2 % vs 60,1 %), suggérant une performance comparable du L-PRF dans la cinétique de cicatrisation à court terme.
  • Aucune différence significative n'a été identifiée entre les groupes AB, LPRF et LPRFHA.

Interprétation clinique

À 8 semaines, tous les sites d'extraction, quel que soit le protocole de préservation utilisé, présentaient une néoformation osseuse suffisante pour permettre la pose d'implants dentaires. Bien que le caillot sanguin seul (CTR) montre un taux de NBF quantitativement supérieur, l'utilisation du L-PRF, seul ou associé à l'HA/β-TCP, confirme son efficacité pour la préservation de la crête alvéolaire maxillaire dans des protocoles de mise en charge précoce.

Discussion

Cette étude met en lumière la dynamique de la cicatrisation osseuse alvéolaire à 8 semaines, une période critique pour les protocoles de mise en charge précoce. Les résultats histomorphométriques révèlent que le caillot sanguin (CTR) présente le taux de néoformation osseuse (NBF) le plus élevé (62,4 %), surpassant de manière significative le groupe LPRFHA (55,8 %). Cette observation suggère que dans des alvéoles monoradiculées intactes, le potentiel ostéogénique intrinsèque est optimal, tandis que l'ajout de matériaux synthétiques comme l'HA/β-TCP peut, initialement, ralentir la cinétique de minéralisation en raison de la présence de particules résiduelles en phase de résorption.

D'un point de vue comparatif, les performances du L-PRF seul (60,2 %) sont cliniquement équivalentes à celles de l'os autogène (60,1 %). Cette donnée est fondamentale pour le praticien : elle valide l'utilisation du L-PRF comme alternative biologique crédible, évitant la morbidité liée aux sites de prélèvement autogène tout en maintenant un environnement favorable à l'ostéoconduction. Bien que le groupe contrôle montre une NBF supérieure, l'intérêt des biomatériaux (L-PRF et HA/β-TCP) réside principalement dans la préservation volumétrique tridimensionnelle de la crête, un aspect que le caillot seul ne peut garantir face à la résorption physiologique post-extractionnelle.

Les limites de cette étude incluent la taille restreinte de l'échantillon (n=15) et le focus exclusif sur les dents monoradiculées, où les parois alvéolaires favorisent une cicatrisation spontanée. En perspective clinique, ces résultats confirment que l'usage du L-PRF, seul ou combiné à un phosphate de calcium biphasique, permet d'obtenir une qualité osseuse suffisante pour la pose d'implants dès 8 semaines, offrant ainsi une prévisibilité satisfaisante pour les réhabilitations prothétiques rapides dans le secteur antérieur maxillaire.

Conclusion

Cette étude démontre que l'utilisation de la fibrine riche en leucocytes et plaquettes (L-PRF), seule ou associée au phosphate de calcium biphasique (HA/β-TCP), constitue une stratégie viable pour la préservation de la crête alvéolaire maxillaire en vue d'une implantation précoce à huit semaines. Les analyses histomorphométriques révèlent que, bien que le caillot sanguin seul présente une néoformation osseuse (NBF) statistiquement supérieure (62,4 %), le L-PRF seul offre des résultats comparables à l'os autogène (environ 60 %).

Implications cliniques : Tous les protocoles testés permettent d'obtenir un volume osseux suffisant pour la pose d'implants. Pour le praticien, le L-PRF représente une alternative moins invasive et efficace pour limiter la résorption post-extractionnelle. Des études prospectives à plus large échantillon sont nécessaires pour évaluer la stabilité volumétrique et péri-implantaire à long terme de ces biomatériaux.

Message clé : À 8 semaines, le L-PRF (seul ou combiné) assure une régénération osseuse adéquate pour une mise en charge précoce, avec une efficacité équivalente à l'autogreffon.

Lexique

L-PRF (Leukocyte- and platelet-rich fibrin) - Concentré plaquettaire de deuxième génération riche en leucocytes et facteurs de croissance, utilisé pour accélérer la cicatrisation tissulaire et la régénération osseuse alvéolaire.

Préservation de la crête alvéolaire (Alveolar ridge preservation) - Technique de comblement post-extractionnelle visant à minimiser la résorption osseuse physiologique pour garantir un volume suffisant lors de la pose d'implants.

Phosphate de calcium biphasique (Biphasic calcium phosphate - HA/β-TCP) - Matériau de substitution osseuse synthétique alliant hydroxyapatite et phosphate tricalcique bêta, offrant un équilibre entre stabilité volumétrique et résorption graduelle.

Mise en charge précoce (Early loading) - Protocole clinique permettant la sollicitation prothétique de l'implant dès huit semaines après l'intervention, optimisant ainsi les délais de traitement global pour le patient.

Analyse histomorphométrique (Histomorphometric analysis) - Évaluation quantitative microscopique permettant de mesurer précisément le pourcentage de formation de néo-os (NBF) et la qualité de l'intégration du substitut osseux.

Greffe osseuse autogène (Autogenous bone graft) - Tissu osseux prélevé sur le patient lui-même, servant de référence (gold standard) pour comparer l'efficacité des nouveaux matériaux de comblement synthétiques.


Source

  • Titre original : Short-Term Bone Healing in Anterior Maxillary Sockets Using L-PRF With or Without Synthetic HA/β-TCP: A Randomized Clinical Trial
  • Auteurs : Pricila da Silva Gusmão, Cássia Pereira da Silva, Víctor Ravelo, Akinori Cardozo Nagato, Sergio Adrian Olate, Henrique Duque
  • Publication : 2025-12-22
  • DOI : 10.3390/jfb17010006

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