Se rendre au contenu

Morphologie de l'ATM : quand l'occlusion dentaire change la donne

L’articulation temporo-mandibulaire (ATM) occupe une place unique dans l’organisme en raison de sa d...

Morphologie de l'ATM et classes d'Angle : l'impact de l'occlusion sur l'anatomie articulaire

L’articulation temporo-mandibulaire (ATM) occupe une place unique dans l’organisme en raison de sa dépendance directe à l’occlusion dentaire. L'équilibre occlusal régule non seulement la fonction musculaire, mais aussi la position du condyle et la distribution des charges mécaniques sur les surfaces articulaires. Si des altérations occlusales sont suspectées de provoquer des adaptations morphologiques de l'ATM, la littérature manque encore de précision pour établir si des configurations anatomiques spécifiques sont systématiquement associées aux différents types de malocclusions.

Cette étude rétrospective, menée sur 131 patients, a pour objectif d'évaluer la morphologie de l’ATM par imagerie CBCT (tomographie volumique à faisceau conique) en fonction de la relation occlusale des arcades. Les auteurs ont analysé des paramètres clés tels que la hauteur et l'inclinaison de l'éminence articulaire, ainsi que la largeur et la profondeur de la fosse glénoïde, en comparant les Classes I, II et III d’Angle.

L'hypothèse nulle testée par les chercheurs postulait l'absence totale d'association entre la classe occlusale et les variations morphologiques de l’ATM. Pour le praticien, l'enjeu est de déterminer si le diagnostic orthodontique ou prothétique doit intégrer des spécificités anatomiques articulaires prévisibles selon le profil occlusal du patient.

Une analyse rétrospective par imagerie 3D

Cette étude a mobilisé une cohorte de 131 patients pour disséquer la morphologie de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) en fonction des relations occlusales. L'échantillon, issu d'une base de données radiographiques, respecte des critères de sélection rigoureux : patients majeurs, denture complète (hors troisièmes molaires) et absence de pathologies ou traitements orthodontiques préalables. Les sujets ont été répartis en trois groupes distincts selon la classification d’Angle : Classe I, Classe II et Classe III.

Le protocole d'imagerie s'est appuyé sur la technologie Cone Beam (CBCT) avec des paramètres d'acquisition standardisés (120 kVp, 5 mA, voxel de 0,3 mm). L'enjeu ? Cartographier l'anatomie osseuse via plusieurs variables morphométriques clés :

  • Éminence articulaire : mesure de la hauteur (AEH) et de l'inclinaison via deux méthodes géométriques (Best-fit line et Top-roof line).
  • Fosse glénoïde : évaluation de la largeur (GFW) et de la profondeur (GFD).
  • Dynamique condylienne : mesure de l'angle intercondylien (ICA) et de l'angle condylien (CA) par rapport au plan sagittal médian.

Pour garantir la fiabilité des résultats, un calcul de puissance statistique a validé un effectif minimal de 128 individus. L'analyse des données a reposé sur des tests ANOVA à deux et trois voies avec mesures répétées pour isoler l'influence du côté (droit/gauche), du sexe et de la classe occlusale sur les structures de l'ATM.

Morphologie de l'ATM : l'impact de la classification d'Angle

L'analyse des 131 examens CBCT révèle que la morphologie de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) est étroitement liée à la relation occlusale des arcades dentaires. L'étude met en évidence des variations significatives, particulièrement au niveau de l'éminence articulaire, selon que le patient présente une malocclusion de Classe I, II ou III.

Paramètre mesuré Classe I (Cl I) Classe II (Cl II) Classe III (Cl III) Significativité (p)
Hauteur de l'éminence (AEH) 6,27 ± 1,22 mm 6,93 ± 1,07 mm - p < 0,05
Inclinaison (Best-fit line) 48,54 ± 5,94° 51,74 ± 5,77° 47,30 ± 7,36° p ≤ 0,001
Inclinaison (Top-roof line) 35,83 ± 4,43° 38,27 ± 5,17° 34,07 ± 5,24° p ≤ 0,001

Les résultats soulignent une spécificité marquée pour les patients en Classe II : ils présentent une hauteur d'éminence articulaire significativement plus élevée que les patients en Classe I (p < 0,05). De même, l'inclinaison de l'éminence (mesurée via les méthodes best-fit line et top-roof line) atteint ses valeurs maximales dans le groupe Classe II, suivi par la Classe I, puis la Classe III.

Concernant la fosse glénoïde et les condyles, les observations suivantes ont été rapportées :

  • Fosse glénoïde : Aucune différence statistiquement significative n'a été observée entre les trois groupes d'occlusion pour la largeur (GFW) ou la profondeur (GFD) de la fosse (p > 0,05).
  • Asymétries et variables biologiques : Des variations significatives liées au côté (droit vs gauche) ont été notées pour l'inclinaison de l'éminence, ainsi que pour la largeur et la profondeur de la fosse glénoïde (p < 0,05).
  • Influence du genre : L'inclinaison de l'éminence articulaire et la profondeur de la fosse glénoïde présentent des différences significatives selon le sexe du patient.

L'imagerie 3D par CBCT a permis de confirmer que si la fosse glénoïde reste relativement constante entre les classes d'Angle, l'éminence articulaire s'adapte ou reflète les contraintes mécaniques propres à chaque type de malocclusion, rejetant ainsi l'hypothèse nulle d'une absence d'association entre occlusion et morphologie de l'ATM.

Décryptage clinique : l'occlusion sculpte l'articulation

Les résultats de cette étude CBCT sur 131 patients confirment que la morphologie de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM) n'est pas figée, mais étroitement liée à la relation occlusale. Le constat majeur concerne les patients en Classe II d'Angle : ils présentent une éminence articulaire significativement plus haute (6,93 mm ± 1,07) et une inclinaison plus forte (jusqu'à 51,74°) par rapport aux Classes I (6,27 mm ± 1,22). Cliniquement, cela suggère que la position sagittale de la mandibule impose des contraintes mécaniques spécifiques menant à un remodelage adaptatif de l'os temporal.

L'étude met également en évidence des variations liées au sexe et au côté (droit/gauche) pour l'inclinaison de l'éminence et la profondeur de la fosse glénoïde. En revanche, la largeur et la profondeur de la fosse ne semblent pas varier de manière significative entre les classes d'Angle. Contrairement aux idées reçues, si la malocclusion influence la pente et la hauteur du trajet condylien, elle n'altère pas nécessairement les dimensions globales de la cavité glénoïde elle-même dans cet échantillon.

Limites et mise en perspective

Bien que solide par son analyse tridimensionnelle, cette étude rétrospective présente des limites. L'utilisation du CBCT, avec une taille de voxel de 0,3 mm, est idéale pour l'os mais ne permet pas d'évaluer les tissus mous ou la position du disque, éléments pourtant indissociables de la dynamique de l'ATM. De plus, les patients présentant des pertes dentaires ou des pathologies articulaires ont été exclus, ce qui limite l'extrapolabilité des résultats aux cas cliniques les plus complexes rencontrés au cabinet.

Conséquences pour la pratique quotidienne

Pour le praticien, ces données rappellent que le diagnostic occlusal ne s'arrête pas aux arcades dentaires. Une Classe II n'est pas seulement un décalage dentaire, c'est aussi un environnement articulaire avec des pentes plus abruptes, ce qui doit influencer le réglage de vos articulateurs en prothèse ou l'évaluation du risque de troubles temporo-mandibulaires (TTM) en orthodontie.

Synthèse des résultats

Cette étude menée sur 131 patients démontre que la morphologie de l'ATM est directement corrélée à la classification d'Angle : les patients en Classe II présentent une éminence articulaire significativement plus haute (6,93 ± 1,07 mm) et plus inclinée (51,74° ± 5,77°) que les patients en Classe I (6,27 mm / 48,54°) et Classe III (47,30°). Si la malocclusion influence l'éminence, la largeur et la profondeur de la fosse glénoïde dépendent davantage du sexe et de la latéralité que de la relation inter-arcades.

Concrètement, pour le praticien :

  • Anticipation cinématique : Chez vos patients en Classe II, attendez-vous à un guidage condylien plus abrupt dû à l'inclination marquée de l'éminence, ce qui peut influencer vos reconstructions prothétiques et le réglage de l'occlusion dynamique.
  • Diagnostic différentiel : Ne considérez pas une éminence haute ou une pente raide comme une anomalie isolée ; analysez-les systématiquement à la lumière de la relation occlusale sagittale du patient.
  • Précision CBCT : Lors de l'examen d'imagerie, évaluez chaque articulation indépendamment, car l'étude confirme des variations morphologiques significatives entre les côtés droit et gauche chez un même individu.

Lexique technique

Hauteur de l'éminence articulaire : Distance verticale mesurée entre le point le plus profond de la fosse glénoïde et le sommet de l'éminence articulaire.

Inclinaison de l'éminence articulaire : Angle formé par la pente postérieure de l'éminence par rapport à un plan horizontal de référence, mesuré soit par une tangente à la pente (*best-fit line*), soit par une ligne reliant le sommet de l'éminence au fond de la fosse (*top-roof line*).

Largeur de la fosse glénoïde : Distance linéaire mesurée entre le point le plus élevé de l'éminence articulaire et le point postérieur de la fosse glénoïde.

Profondeur de la fosse glénoïde : Distance perpendiculaire mesurée entre le point le plus profond de la fosse et la ligne de référence définissant sa largeur.

Angle intercondylien : Valeur angulaire formée par l'intersection des axes longitudinaux des condyles mandibulaires droit et gauche.

Angle condylien : Mesure de l'orientation de l'axe long de chaque condyle par rapport au plan sagittal médian.


Source

  • Titre original : Evaluation of Temporomandibular Joint Morphology According to the Occlusal Relationship Between Dental Arches Using Cone-Beam Computed Tomography
  • Auteurs : Busra Nur Gokkurt Yilmaz, Zerrin Ünal Erzurumlu, Peruze Çelenk, Süleyman Kutalmış Büyük, Yeliz Kasko Arici
  • Publication : Diagnostics - 2026-06-10
  • DOI : https://doi.org/10.3390/diagnostics16121784

Information destinée aux professionnels de santé. Ce contenu peut comporter des erreurs ou des résumés tronqués. Nous recommandons de toujours vérifier avec l'article source original. Delynov se décharge de toute responsabilité quant à l'utilisation de ces informations. Ce document n'est pas destiné aux patients ni au grand public.

Overdenture maxillaire : quand l'attachement télescopique favorise la perte osseuse
Contrairement à la mandibule, où le consensus clinique est solidement établi, la stabilisation des p...