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Sinusite maxillaire : l'endodontie pour traiter l'épaississement muqueux

La sinusite maxillaire d'origine endodontique (SMOE) constitue un défi clinique majeur, représentant...

MSEO : L'enjeu du diagnostic différentiel et de l'approche conservatrice

La sinusite maxillaire d'origine endodontique (SMOE) constitue un défi clinique majeur, représentant jusqu'à 72 % des cas de sinusites maxillaires unilatérales. Malgré cette prévalence, le défaut de diagnostic étiologique conduit encore fréquemment à des interventions chirurgicales invasives inutiles. Ce rapport de cas documente la prise en charge d'une patiente de 38 ans, souffrant de céphalées chroniques et de rhinorrhée intermittente depuis un an, initialement non associées à une pathologie dentaire.

L'objectif de cette étude est de démontrer la pertinence d'un protocole diagnostique intégrant systématiquement la tomographie volumique à faisceau conique (CBCT) pour identifier les pathologies de la membrane de Schneider liées aux apex des dents maxillaires postérieures. Dans ce cas précis, l'imagerie a révélé un épaississement muqueux de 6,6 mm en relation directe avec la racine palatine de la dent #27.

L'étude teste l'hypothèse qu'un traitement endodontique non chirurgical rigoureux, utilisant le Mineral Trioxide Aggregate (MTA) pour l'obturation du canal palatin, permet une résolution complète de l'inflammation sinusale. La finalité est de prouver qu'une gestion endodontique conservatrice, en éliminant la source infectieuse apicale, restaure l'intégrité sinusienne et évite au praticien le recours à des traitements chirurgicaux plus lourds.

Méthodologie clinique

Ce rapport de cas, rédigé selon les recommandations CARE (Case Report Guidelines), détaille la prise en charge d'une patiente de 38 ans (ASA 1) présentant des symptômes sinusaux chroniques (céphalées et rhinorrhée intermittente) depuis un an. L'étude se concentre sur l'approche diagnostique et thérapeutique de la seconde molaire maxillaire gauche (#27).

  • Diagnostic et imagerie : L'évaluation initiale a couplé un examen clinique intra-oral à une imagerie par tomographie volumique à faisceau conique (CBCT). Le CBCT a permis de quantifier un épaississement de la membrane de Schneider de 6,6 mm et de confirmer la proximité immédiate de l'apex palatin avec le plancher sinusal.
  • Protocole opératoire : Le traitement a été réalisé sous grossissement et isolation par digue. Après le retrait de la restauration provisoire, trois canaux (palatin, mésio-buccal et disto-buccal) ont été identifiés. Une phase de médication intermédiaire à l'hydroxyde de calcium non durcissant a été instaurée avant la finalisation du traitement.
  • Préparation et obturation : La préparation biomécanique a été complétée par un protocole d'irrigation utilisant de l'hypochlorite de sodium et de l'EDTA. L'obturation a été différenciée selon les racines : le canal palatin a été scellé au Mineral Trioxide Aggregate (MTA) en raison de l'implication sinusale, tandis que les canaux vestibulaires ont été obturés à la gutta-percha.
  • Suivi clinique : Le succès thérapeutique a été évalué par des suivis cliniques réguliers et une réévaluation radiographique (CBCT et clichés périapicaux) à 12 mois.

Résultats : Résolution clinique et radiographique à 12 mois

L'évaluation de ce cas clinique, documentée par imagerie tridimensionnelle (CBCT) et examens cliniques, démontre une résolution complète de la sinusite maxillaire d'origine endodontique (MSEO) après un traitement canalaire non chirurgical.

Observations initiales et diagnostic CBCT

L'examen initial par CBCT a permis d'identifier une pathologie sinusienne localisée, inapparente sur les clichés périapicaux conventionnels. Les mesures et observations clés incluaient :

  • Épaisseur muqueuse : Une hypertrophie significative de la membrane de Schneider a été mesurée, atteignant une épaisseur maximale de 6,6 mm au niveau du sinus maxillaire gauche.
  • Comparaison controlatérale : Une asymétrie marquée était visible par rapport au sinus droit, dont la membrane présentait une épaisseur normale.
  • Rapports anatomiques : L'apex de la racine palatine de la dent #27 présentait une proximité immédiate, voire une pénétration, du plancher sinusien, accompagnée d'une légère résorption radiculaire apicale.
  • Signes cliniques peropératoires : Lors de la première séance, un exsudat clair a été observé de manière persistante dans le canal palatal, confirmant la communication biologique entre l'endodonte et l'antre sinusien.

Évolution clinique et imagerie de suivi

Le tableau ci-dessous synthétise l'évolution des paramètres cliniques et radiographiques entre la présentation initiale et le rappel à un an :

Paramètre évaluéÉtat Initial (Pré-opératoire)Suivi à 12 mois (Post-opératoire)
Symptomatologie ORLRhinorrhée intermittente et céphalées fréquentes (depuis 1 an)Résolution complète de la rhinorrhée et des céphalées
Épaisseur de la membrane de Schneider6,6 mm (hypertrophie majeure)Réduction substantielle (retour aux limites physiologiques)
Symétrie sinusienneAsymétrie marquée (gauche vs droite)Rétablissement de la symétrie avec le sinus controlatéral
Signes inflammatoires canalairesExsudat clair présent (canal palatal)Absence de signes cliniques ou infectieux
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À 12 mois, la patiente a rapporté une satisfaction élevée, notant la disparition totale des symptômes extra-oraux qu'elle n'associait initialement pas à sa pathologie dentaire. Les radiographies périapicales et la CBCT de contrôle confirment la stabilité du scellement à l'MTA dans la racine palatine et une cicatrisation périapicale complète, sans récurrence de l'épaississement muqueux sinusien.

Analyse clinique et intérêt du traitement conservateur

Les résultats de ce cas clinique confirment que le traitement endodontique non chirurgical permet une résolution complète de la sinusite maxillaire d'origine endodontique (MSEO), même en présence d'un épaississement muqueux significatif (6,6 mm). L'utilisation du MTA dans le canal palatin, en raison de sa proximité immédiate avec le plancher sinusien et de la présence de résorption apicale, souligne l'efficacité des matériaux biocéramiques dans la gestion des apex complexes. La disparition totale de la rhinorrhée et la réduction des céphalées à 12 mois démontrent que la levée du foyer infectieux dentaire suffit à restaurer l'intégrité de la membrane de Schneider.

Limites et apport de l'imagerie CBCT

La limite principale de cette étude réside dans son format de rapport de cas unique, ne permettant pas de généralisation statistique. Toutefois, elle met en exergue une faille diagnostique majeure : la radiographie périapicale initiale n'avait révélé aucune pathologie, alors que le CBCT a identifié une atteinte sinusale unilatérale nette. Cette différence illustre pourquoi le diagnostic de MSEO est fréquemment manqué en pratique conventionnelle, entraînant souvent des délais de traitement inutiles ou des prescriptions d'antibiothérapie systémique inefficaces.

Implications pour la pratique quotidienne

Ce cas s'inscrit dans les données rapportant que jusqu'à 72 % des sinusites maxillaires unilatérales sont d'origine odontogène. Pour le praticien, l'absence de symptômes respiratoires classiques (obstruction nasale, anosmie) associée à des céphalées chroniques doit systématiquement orienter vers une évaluation endodontique, même si la dent semble asymptomatique à la percussion. L'intégration du CBCT devient ici indispensable pour confirmer le diagnostic de mucosite périapicale (PAM) et éviter des interventions chirurgicales sinusiennes invasives alors qu'un traitement endodontique bien conduit assure le succès clinique et radiographique.

Synthèse des résultats

Ce rapport de cas décrit la prise en charge d'une patiente de 38 ans souffrant de céphalées et de rhinorrhée unilatérale depuis un an. L'examen CBCT a révélé un épaississement de la membrane de Schneider de 6,6 mm au contact de la racine palatine de la dent #27 ; le traitement endodontique non chirurgical, incluant une obturation au MTA, a permis une résolution clinique totale et une restitution de l'espace sinusien au suivi à 12 mois.

Concrètement, pour le praticien :

  • Évoquez systématiquement une MSEO face à une sinusite maxillaire unilatérale chronique, même si le bilan radiographique 2D initial ne montre aucune lésion périapicale évidente.
  • Intégrez le CBCT d'emblée pour localiser précisément l'épaississement muqueux réactionnel et évaluer les rapports anatomiques étroits entre les apex et le plancher sinusien.
  • Privilégiez l'endodontie conventionnelle rigoureuse (désinfection ultrasonique, obturation étanche) comme traitement de première intention : elle permet d'éviter des chirurgies sinusiennes ou ORL invasives en éliminant la source bactérienne primaire.

Lexique technique de l'étude

MSEO (Maxillary Sinusitis of Endodontic Origin) : Catégorie spécifique de sinusite maxillaire résultant exclusivement d'une infection d'origine endodontique, par opposition aux sinusites odontogènes (MSOO) qui englobent d'autres étiologies dentaires (parodontales, iatrogènes, etc.).

Membrane de Schneider : Muqueuse respiratoire tapissant l'intérieur du sinus maxillaire, composée d'un épithélium prismatique pseudostratifié cilié, dont l'épaississement est un marqueur d'inflammation sinusienne.

Mucosite périapicale (PAM) : Prolifération réactionnelle de la muqueuse antrale stimulée par des agents infectieux d'origine apicale, pouvant entraîner un épaississement localisé visible à l'imagerie.

Ostéopériostite périapicale (PAO) : Réaction périostée du sinus maxillaire se manifestant radiographiquement par une lésion distinctive en « halo » au-dessus de l'apex d'une dent infectée.

CBCT (Cone Beam Computed Tomography) : Technologie d'imagerie tridimensionnelle utilisée dans ce cas pour quantifier l'épaississement muqueux (mesuré à 6,6 mm) et confirmer la proximité immédiate de l'apex palatin avec le plancher sinusien.

MTA (Mineral Trioxide Aggregate) : Matériau biocéramique utilisé pour l'obturation du canal palatin dans ce rapport de cas, choisi pour sa biocompatibilité et ses propriétés de scellement en zone de proximité sinusienne.

Rhinorrhée : Écoulement nasal intermittent rapporté par la patiente, constituant ici un symptôme extra-oral clé de la pathologie sinusienne d'origine endodontique.


Source

  • Titre original : Nonsurgical endodontic management of maxillary sinusitis of endodontic origin: a CBCT-guided case report
  • Auteurs : Mai Alzarooni, Abdul Rahman Saleh, Firas Elmsmari, Abayomi Baruwa
  • Publication : Frontiers in Oral Health - 2026-07-30
  • DOI : https://doi.org/10.3389/froh.2026.1901082

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