Contexte clinique et enjeux de la récession mandibulaire
La prise en charge des récessions gingivales localisées dans la zone antérieure mandibulaire constitue un défi thérapeutique singulier pour le clinicien. Cette région est fréquemment caractérisée par des contraintes anatomiques défavorables, telles qu'un vestibule peu profond, une insertion haute du frein labial et un phénotype gingival fin. Ces facteurs, lorsqu'ils sont associés à une absence de tissu kératinisé, créent un environnement propice à la progression de la perte d'attache et compliquent les procédures de recouvrement radiculaire conventionnelles.
Ce rapport de cas documente le traitement d'une patiente de 38 ans présentant une récession de type I (RT1) sur l'incisive centrale mandibulaire gauche. Face à un environnement parodontal précaire, l'objectif de cette étude est d'évaluer l'efficacité d'une greffe gingivale libre (GGL) non seulement pour réduire la profondeur de la récession, mais surtout pour augmenter de manière prédictible la bande de tissu kératinisé et approfondir le vestibule.
L'approche repose sur l'hypothèse clinique que le renforcement du biotype et la modification de l'environnement vestibulaire par une autogreffe épithélio-conjonctive permettent d'obtenir une stabilité tissulaire pérenne. L'étude vise ainsi à démontrer la viabilité de cette technique sur un suivi à long terme de trois ans, en privilégiant la santé parodontale globale sur le seul critère esthétique du recouvrement radiculaire.
Protocole clinique et évaluation du cas
Ce rapport de cas documente la prise en charge chirurgicale d'une patiente de 38 ans présentant une récession gingivale localisée de type I (RT1) sur l'incisive centrale mandibulaire gauche. Le diagnostic clinique initial a mis en évidence les paramètres suivants :
- Une profondeur de récession initiale de 3 mm.
- Une bande de tissu kératinisé (TK) limitée à 1 mm.
- Un phénotype gingival fin, une insertion haute du frein labial et un vestibule peu profond.
Le protocole expérimental a consisté en la réalisation d'une greffe gingivale libre (FGG). Contrairement aux approches visant uniquement le recouvrement radiculaire, l'objectif thérapeutique principal était ici l'augmentation du tissu kératinisé et l'approfondissement du vestibule pour assurer la stabilité parodontale à long terme.
L'analyse des résultats a été effectuée selon la méthodologie suivante :
- Suivi temporel : Des examens cliniques de contrôle ont été réalisés à un an puis à trois ans postopératoires.
- Critères d'évaluation : Mesure comparative de la largeur du TK (passant de 1 mm à 4 mm) et de la profondeur de la récession (réduite de 3 mm à 0,4 mm).
- Observation qualitative : Évaluation de l'intégration du greffon et de la maturation tissulaire.
S'agissant d'un rapport de cas unique (n=1), aucune analyse statistique comparative ou groupe témoin n'a été utilisé.
Résultats cliniques et stabilité à long terme
L'intervention par greffe gingivale libre (FGG) chez cette patiente de 38 ans a permis d'atteindre les objectifs cliniques fixés, à savoir l'augmentation du tissu kératinisé et l'approfondissement vestibulaire au niveau de l'incisive centrale inférieure gauche.
Les mesures cliniques enregistrées lors du suivi montrent une évolution significative des paramètres parodontaux entre l'état initial et les examens à un et trois ans post-opératoires :
| Paramètres cliniques | Baseline (Initial) | Post-opératoire (1 & 3 ans) | Gain / Réduction |
|---|---|---|---|
| Largeur du tissu kératinisé (KT) | 1 mm | 4 mm | + 3 mm |
| Profondeur de la récession | 3 mm | 0.4 mm | - 2.6 mm |
Sur le plan qualitatif, les auteurs rapportent les observations suivantes :
- Intégration du greffon : Une intégration tissulaire jugée satisfaisante avec une maturation harmonieuse du tissu gingival au fil du temps.
- Stabilité tissulaire : Les résultats obtenus immédiatement après la phase de cicatrisation sont restés stables lors des contrôles à 12 mois et 36 mois, sans récidive de la récession ni perte de la largeur de tissu kératinisé acquise.
- Morphologie vestibulaire : L'objectif de deepening vestibulaire a été atteint, corrigeant l'impact de l'attache du frein labial qui compliquait initialement le cas.
S'agissant d'un rapport de cas unique (n=1), aucune analyse statistique comparative ou p-value n'est rapportée. L'étude souligne toutefois que, malgré les limites inhérentes à ce format, la FGG a démontré une prédictibilité élevée pour la gestion des récessions de type RTI associées à un phénotype fin en zone mandibulaire antérieure.
Discussion sur l'efficacité clinique de la GGL dans les récessions RT1
Les résultats cliniques obtenus chez cette patiente de 38 ans confirment que la greffe gingivale libre (GGL) demeure une technique prévisible pour sécuriser le parodonte mandibulaire antérieur. Au-delà de la réduction de la récession — qui est passée de 3 mm à 0,4 mm — l'apport majeur réside dans le gain substantiel de tissu kératinisé (TK), triplant de 1 mm à 4 mm. Dans ce contexte anatomique spécifique (phénotype fin, vestibule peu profond et frein labial haut), l’objectif n'était pas uniquement esthétique, mais visait la création d'une barrière tissulaire capable de résister aux tractions musculaires.
La stabilité des tissus observée lors des suivis à un et trois ans souligne la pertinence de l'approche fonctionnelle. Si d'autres techniques comme le lambeau déplacé coronairement avec greffe de tissu conjonctif sont souvent privilégiées pour leur meilleur mimétisme esthétique, la GGL s'impose ici par sa capacité à approfondir le vestibule, une correction environnementale indispensable dans cette zone de forte mobilité labiale. Le greffon a montré une intégration et une maturation satisfaisantes, prouvant sa viabilité à long terme.
Cependant, les limites de ce rapport de cas tiennent à son échantillon unique (n=1). Bien que les résultats soient probants, ils ne peuvent être extrapolés de manière universelle sans études à plus large échelle. Néanmoins, ce cas démontre que pour les récessions de type RT1 associées à un environnement anatomique défavorable, l'augmentation du tissu kératinisé est un facteur clé de succès durable.
Concrètement, pour le praticien :
- Priorisez le gain de tissu kératinisé : En présence d'un vestibule peu profond et d'un phénotype fin à la mandibule, la GEC reste la technique de choix pour stabiliser le parodonte, même si le recouvrement radiculaire n'est pas total.
- Assurez la stabilité à long terme : Ce protocole offre une maturation tissulaire prévisible dont les bénéfices (profondeur de récession stable à 0,4 mm) persistent au moins 3 ans après l'intervention.
- Gérez l'anatomie défavorable : La greffe permet de repousser simultanément les insertions de freins labiaux hauts, éliminant ainsi les tensions mécaniques responsables de la progression des récessions.
Source
- Titre original : Clinical Outcome of Free Gingival Grafting for Managing Localized Recession Type 1 (RTI): A Case Report
- Auteurs : Anas Al-misurati, Abdurahman Salma, Mohamed Tawati, Amira Ab Hawisa
- Publication : Khalij-Libya Journal of Dental and Medical Research - 2026-07-12
- DOI : https://doi.org/10.47705/kjdmr.26305
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