Contexte Clinique et Enjeux Thérapeutiques
Les récessions gingivales situées dans la zone esthétique représentent un défi clinique majeur, mêlant hypersensibilité dentinaire et préjudices visuels. La gestion de ces déhiscences devient particulièrement complexe lorsque le défaut s'accompagne d'un phénotype gingival fin et d'une perte d'attache localisée significative. Ce type de lésion, dont la profondeur de sondage inhabituelle suggère une atteinte parodontale associée, impose une réflexion diagnostique approfondie pour différencier une simple récession d'un défaut parodontal combiné impliquant une perte osseuse vestibulaire.
Objectif et Hypothèse de l'Étude
Ce rapport de cas documente la prise en charge d'une récession localisée présentant des caractéristiques cliniques atypiques par rapport aux classifications standards. L'objectif est d'évaluer l'efficacité de l'association d'un greffon de tissu conjonctif sous-épithélial (SCTG), prélevé par la technique de la "trappe", à un lambeau déplacé coronairement (CAF) pour obtenir un recouvrement radiculaire prédictible. L'hypothèse testée repose sur la capacité de cette approche combinée à restaurer un contour gingival stable, à augmenter l'épaisseur des tissus mous et à assurer une intégration esthétique harmonieuse à six mois, malgré la complexité du défaut initial et la présence d'une perte d'attache profonde.
Méthodologie de l'intervention
Ce rapport de cas détaille la prise en charge d'une récession gingivale localisée chez un patient de 24 ans. La lésion, située sur la face vestibulaire de la dent 24, présentait une récession de 2 mm associée à un phénotype fin et une largeur de tissu kératinisé réduite à 2 mm. Un sondage de 7 mm ainsi qu’une perte d'attache clinique de 7 mm ont été identifiés au site mésio-vestibulaire, suggérant une perte d'attache localisée plus complexe qu'une simple récession de type RT1.
Le protocole opératoire a suivi les étapes suivantes :
- Phase initiale : Mise en œuvre d'une thérapie parodontale initiale suivie d'une réévaluation clinique après quatre semaines pour confirmer le contrôle de la plaque et la résolution de l'inflammation.
- Préparation chirurgicale : Sous anesthésie locale, élévation d'un lambeau d'épaisseur mixte (split-full-split) incluant deux incisions de décharge verticales pour permettre un glissement coronaire sans tension.
- Traitement de la surface radiculaire : Débridement méticuleux de la racine exposée afin de préparer le lit receveur.
- Prélèvement du greffon : Récolte d'un greffon conjonctif sous-épithélial (dimensions : 10 mm × 5 mm × 1,5 mm) au palais via une technique de "trap-door".
- Positionnement et suture : Stabilisation du greffon sur le site receveur, suivie d'un lambeau déplacé coronairement (CAF) fixé par des sutures interrompues et des sutures en écharpe (sling).
La gestion postopératoire a reposé sur l'utilisation de chlorhexidine et d'analgésiques, avec un retrait des sutures à 10 jours. L'évaluation de l'intégration tissulaire et de la stabilité des contours marginaux a été réalisée lors d'un suivi final à six mois.
Résultats cliniques et suivi à 6 mois
L'intervention chirurgicale combinant un lambeau déplacé coronairement (CAF) et une greffe de tissu conjonctif sous-épithélial (SCTG) a permis d'obtenir des résultats cliniques probants pour le traitement de cette récession localisée sur la dent 24. Les données recueillies mettent en évidence une amélioration des paramètres parodontaux malgré la complexité initiale du défaut.
| Paramètres cliniques (Dent 24) | État initial (Baseline) | Issue à 6 mois |
|---|---|---|
| Récession gingivale vestibulaire | 2 mm | Couverture radiculaire stable |
| Profondeur de sondage (mésio-buccal) | 7 mm | Réduction clinique |
| Niveau d'attache clinique (CAL) | 7 mm | Gain d'attache |
| Largeur de tissu kératinisé | ~2 mm | Augmentation de l'épaisseur |
| Phénotype gingival | Fin | Épaississement tissulaire |
Sur le plan de la cicatrisation et de l'intégration esthétique, les observations qualitatives suivantes ont été consignées :
- Cicatrisation postopératoire : Le suivi a montré une réponse tissulaire favorable sans aucune complication rapportée (cicatrisation dite « uneventful »).
- Stabilité des tissus : À l'échéance de 6 mois, le contour gingival est resté stable, confirmant la prédictibilité de la technique SCTG pour renforcer le phénotype gingival initialement fin.
- Harmonie esthétique : Les auteurs rapportent une intégration esthétique satisfaisante, avec une concordance de teinte et de texture entre le greffon et les tissus adjacents.
L'analyse du cas souligne que la présence d'une profondeur de sondage de 7 mm, associée à un défaut de la table osseuse vestibulaire identifié à la radiographie, n'a pas compromis l'issue thérapeutique à court terme. Bien que le diagnostic de récession RT1 ait été initialement envisagé, la perte d'attache localisée a nécessité une gestion méticuleuse du lambeau pour assurer une couverture stable du greffon conjonctif et une intégration harmonieuse au sein de la zone esthétique.
Discussion : Le paradoxe du diagnostic
Le point saillant de ce cas clinique réside dans l'incohérence apparente entre la classification Cairo RT1 et les paramètres parodontaux relevés. Une profondeur de sondage de 7 mm associée à une perte d'attache équivalente suggère une atteinte bien plus complexe qu'une simple récession isolée. Pour le praticien, cela souligne une réalité clinique majeure : la classification RT1 peut parfois occulter une perte d'attache localisée ou un défaut de la table osseuse vestibulaire, comme l'a confirmé l'examen radiographique dans ce cas précis.
Le choix thérapeutique du SCTG associé au CAF s'avère ici salvateur. Si le lambeau seul permet de recouvrir la racine, c'est l'apport du greffon conjonctif qui transforme durablement le phénotype. Dans un environnement aussi fragile, cette augmentation de l'épaisseur est le seul gage de stabilité face aux agressions mécaniques et bactériennes futures. Au cabinet, cette stratégie reste le 'gold standard' pour convertir un parodonte vulnérable en une barrière protectrice résiliente.
Restons toutefois prudents : cette étude de cas unique présente des limites, notamment l'absence d'évaluation histologique et un recul clinique limité à six mois. Si la technique de la 'trappe' a permis d'éviter les complications classiques (abcès palatins, sutures lâchées), la stabilité de l'attache sur un site présentant initialement une telle profondeur reste un point à surveiller sur le long terme.
Résultats clés
Ce rapport de cas démontre qu'un greffon de tissu conjonctif (GTC) associé à un lambeau déplacé coronairement permet d'obtenir un recouvrement radiculaire stable et une augmentation de l'épaisseur gingivale à 6 mois. Le traitement a permis de résoudre un défaut complexe présentant une profondeur de sondage et une perte d'attache clinique de 7 mm au niveau de la prémolaire maxillaire.
Recouverte radiculaire : le SCTG face à une récession complexe avec perte d'attache
Traiter une récession dans la zone esthétique est un exercice d'équilibre délicat, d'autant plus lorsque le tableau clinique brouille les pistes entre défaut mucogingival pur et parodontite localisée. Si la greffe de tissu conjonctif sous-épithélial (SCTG) reste la référence pour augmenter l'épaisseur gingivale, ce cas clinique souligne qu'une profondeur de sondage atypique peut remettre en question le diagnostic initial et la prédictibilité du résultat.
Un diagnostic Cairo RT1 mis à l'épreuve
Un patient de 24 ans s'est présenté avec une récession buccale de 2 mm au niveau de la dent 24, motivé par une gêne esthétique lors du sourire. L'examen clinique a révélé un phénotype gingival fin et une largeur de tissu kératinisé réduite à environ 2 mm. Fait inhabituel pour une récession classée initialement Cairo RT1 : une profondeur de sondage de 7 mm a été mesurée en mésio-buccal, accompagnée d'un saignement au sondage.
Cette observation, confirmée par un niveau d'attache clinique de 7 mm et une perte osseuse vestibulaire à la radiographie, suggère une composante de perte d'attache localisée plutôt qu'un simple défaut mucogingival isolé. Pour le praticien, ce type de cas impose une réflexion critique : s'agit-il d'une récession pure ou d'une atteinte parodontale combinée ? Malgré cette complexité, l'option thérapeutique s'est portée sur l'association d'un lambeau déplacé coronairement (CAF) et d'un SCTG.
Stratégie chirurgicale et gestion du greffon
Après une phase de thérapie parodontale initiale visant à stabiliser le contrôle de plaque, l'intervention a été réalisée sous anesthésie locale. Le protocole a débuté par l'élévation d'un lambeau pour permettre un avancement coronaire sans tension. La surface radiculaire exposée a été soigneusement débridée afin de préparer le lit receveur.
Le greffon de tissu conjonctif sous-épithélial a été prélevé au niveau du site donneur palatin selon la technique du « trap-door » (porte de garage). Cette approche favorise une fermeture de première intention du site palatin, protégée par un pansement parodontal. Le greffon a ensuite été stabilisé sur le site receveur, puis recouvert totalement par le lambeau déplacé coronairement. Les consignes postopératoires incluaient l'usage de chlorhexidine et d'analgésiques, avec une suspension du brossage mécanique sur la zone opérée pendant 14 jours.
Résultats et stabilité à long terme
La cicatrisation s'est déroulée sans complication majeure, avec un retrait des sutures à 10 jours. Le suivi à deux semaines montrait déjà une réponse tissulaire satisfaisante. À 6 mois, les auteurs rapportent une intégration esthétique excellente et une harmonie des contours gingivaux. Malgré la perte d'attache initiale de 7 mm, la greffe a permis d'obtenir une couverture radiculaire stable.
Cette issue favorable, bien que limitée par le recul de 6 mois et l'absence d'évaluation histologique, démontre la résilience de la technique SCTG + CAF dans des situations de phénotypes fins. L'augmentation de l'épaisseur tissulaire induite par le greffon est ici identifiée comme le facteur clé de la stabilité marginale à long terme.
Concrètement, pour le praticien :
- Rigueur diagnostique : Une profondeur de sondage élevée (> 3 mm) sur un site de récession doit faire suspecter une perte d'attache localisée et impose une évaluation précise du niveau d'attache clinique (CAL).
- Gestion du phénotype : L'apport d'un SCTG est impératif en présence d'un phénotype fin pour garantir la prédictibilité de la couverture et la stabilité des résultats esthétiques.
- Sécurité du site donneur : La technique de prélèvement en « trap-door » reste une option efficace pour minimiser la morbidité postopératoire grâce à une fermeture palatine hermétique.
Lexique technique
Subepithelial connective tissue graft (SCTG) : Greffon de tissu conjonctif autogène prélevé sous la couche épithéliale, utilisé pour augmenter l'épaisseur gingivale et couvrir les récessions.
Coronally advanced flap (CAF) : Technique chirurgicale consistant à déplacer un lambeau de gencive vers la couronne de la dent pour recouvrir une racine exposée ou un greffon.
Cairo RT1 : Classification des récessions gingivales où la limite amélo-cémentaire interproximale n'est pas cliniquement détectable (absence de perte d'attache interproximale).
Phénotype gingival fin : Morphologie gingivale caractérisée par une faible épaisseur tissulaire et une plaque osseuse vestibulaire souvent fine, augmentant le risque de récession.
Trap-door technique : Méthode de prélèvement palatin consistant à créer une fenêtre de tissu épithélial pour accéder au conjonctif sous-jacent tout en permettant une fermeture primaire.
Clinical attachment level (CAL) : Mesure de la distance entre la limite amélo-cémentaire et le fond de la poche parodontale, indicateur de la perte de support parodontal.
Source
- Titre original : Esthetic Reconstruction of Soft Tissue Dehiscence with Subepithelial Connective Tissue Graft: A Case Report
- Auteurs : Prakash Pai Gurupur, Mundoor Manjunath Dayakar, Impana. H.A
- Publication : DENTAL JOURNAL OF INDIRA GANDHI INSTITUTE OF MEDICAL SCIENCES - 2026-06-05
- DOI : https://doi.org/10.25259/djigims_9_2026
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