Contexte clinique et enjeux de l'éruption passive altérée
Le sourire gingival, ou « gummy smile », représente un motif fréquent de consultation en esthétique dentaire, impactant significativement l'harmonie faciale et l'estime de soi. Parmi les diverses étiologies, l’éruption passive altérée (APE) se définit par une migration apicale incomplète du bord gingival vers la jonction amélo-cémentaire (JAC) une fois la dent en position fonctionnelle. Pour le praticien, ce tableau clinique se manifeste par des couronnes cliniques courtes malgré une morphologie dentaire normale. Le diagnostic précis, incluant l'analyse du phénotype parodontal et de la position de la crête osseuse, est crucial pour différencier l'APE d'un excès maxillaire vertical ou d'une hypermobilité labiale.
Objectifs et hypothèses de l'étude de cas
L'objectif de cet article est d'illustrer l'application clinique des principes biologiques et chirurgicaux de l'allongement de couronne esthétique (ECL) à travers un rapport de cas portant sur une patiente de 28 ans présentant une APE de Type I, sous-groupe B. L'étude vise à documenter l'efficacité d'un protocole combinant gingivectomie à biseau interne, lambeau repositionné apicalement et résection osseuse sélective. L'hypothèse centrale repose sur la nécessité de rétablir un espace d'au moins 3 mm entre le nouveau bord gingival et la crête alvéolaire afin de recréer une attache tissulaire supracrestale physiologique, garantissant ainsi la stabilité esthétique et parodontale à long terme.
Diagnostic et protocole opératoire
Ce rapport de cas documente la prise en charge d'une patiente de 28 ans, systémiquement saine, présentant une éruption passive altérée (EPA) classée Type I, Sous-groupe B. Le diagnostic repose sur une analyse clinique rigoureuse — révélant une profondeur de sondage de 1 mm et une largeur de tissu kératinisé de 5 à 7 mm — et une confirmation radiographique par CBCT. L'imagerie tridimensionnelle a été déterminante pour localiser la crête alvéolaire à proximité immédiate de la jonction amélo-cémentaire (JAC).
L'intervention chirurgicale a concerné le bloc maxillaire, des dents #16 à #25. Le protocole a débuté par une gingivectomie à biseau interne, suivie de l'élévation d'un lambeau muco-périosté de pleine épaisseur. Une ostéotomie et une ostéoplastie sélectives ont été réalisées pour garantir une distance d'au moins 3 mm entre la nouvelle marge gingivale et la crête osseuse, assurant ainsi le respect de l'espace biologique supracrestal. Le lambeau a ensuite été repositionné et stabilisé par des sutures continues (uninterrupted).
Le suivi postopératoire a été structuré avec des visites de contrôle à une semaine, deux semaines, un mois, trois mois et un an. Le retrait des sutures a été effectué au huitième jour. Cette méthodologie clinique a permis de suivre la cicatrisation tissulaire et de valider la stabilité de la nouvelle architecture gingivale sur une période de 12 mois.
Résultats cliniques et stabilité à long terme
L'intervention d'élongation coronaire esthétique (ECE), réalisée de la dent #16 à la dent #25, a permis de corriger l'éruption passive altérée (APE) de type I-B identifiée chez cette patiente de 28 ans. Les résultats postopératoires confirment l'efficacité de l'approche combinant gingivectomie à biseau interne et ostéectomie sélective.
| Paramètre Clinique | Valeur Préopératoire | Objectif / Résultat Postopératoire |
|---|---|---|
| Profondeur de sondage | 1 mm | Maintenue (physiologique) |
| Largeur de tissu kératinisé | 5 à 7 mm | Préservation d'une bande adéquate |
| Espace biologique (supracrestal) | Crête proche de la JEC | ≥ 3 mm (après ostéectomie) |
| Proportions dentaires | Couronnes courtes | Restauration des proportions naturelles |
Le suivi séquentiel a mis en évidence une cicatrisation tissulaire prévisible et une excellente réponse biologique :
- À 1 semaine : Une légère inflammation papillaire a été observée lors de la dépose des sutures, sans complication majeure.
- À 4 semaines : Les tissus gingivaux présentaient une coloration rose saine et une adaptation précise à l'architecture osseuse sous-jacente. La marge gingivale s'est stabilisée, confirmant l'allongement significatif de la couronne clinique.
- À 1 an : Les contours gingivaux définitifs sont restés stables. Aucune récidive du tissu gingival (rebound) ni signe d'inflammation n'ont été notés.
Sur le plan qualitatif, l'imagerie CBCT post-diagnostic avait validé la nécessité de l'ostéectomie pour rétablir l'attache supracrestale. Au terme du suivi de 12 mois, la patiente rapporte une satisfaction élevée concernant l'harmonie de son sourire et l'impact esthétique global, sans aucun signe de récession parodontale.
Pour vous équiper
Produits Delynov en lien avec cette thématique :
- Micro lame bistouri cuillère stérile MJK numéro 3 (SB003) - Delynov (Idéal pour les incisions intrasulculaires)
- Safescraper Twist Curve - Gratteur d'os cortical stérile - Meta - Lot de 3 - 3987 (Récupération précise d'os cortical autologue)
Delynov Chirurgie, votre fournisseur en fils de suture chirurgicale résorbables et non résorbables, consommables et instruments de chirurgie dentaire et implantaire.
Analyse clinique et pertinence thérapeutique
Ce cas clinique illustre l'efficacité d'un allongement de couronne esthétique (ECL) rigoureusement planifié pour traiter une éruption passive altérée (APE) de type I-B. Le choix d'associer une gingivectomie à biseau interne à un lambeau de pleine épaisseur avec ostéotomie n'est pas optionnel ici : la proximité de la crête alvéolaire par rapport à la jonction amélo-cémentaire (JAC) imposait de recréer un espace de 3 mm. Cette gestion de l'attache tissulaire supracrestale est le verrou biologique qui garantit la stabilité du résultat à un an, évitant le rebond gingival fréquemment observé lorsque l'os n'est pas remodelé.
L'utilisation de la CBCT a été déterminante dans la précision du diagnostic différentiel. Elle a permis de confirmer la classification de Coslet (Type I-B) de manière non invasive, complétant le sondage osseux transgingival. Au cabinet, cette approche tridimensionnelle sécurise le plan de traitement en objectivant la position exacte de la crête par rapport à la JAC avant même l'incision.
Toutefois, cette étude de cas présente les limites inhérentes à son format : un échantillon unique (n=1) sur une patiente de 28 ans en bonne santé systémique. Si le succès esthétique et la stabilité sont probants à 12 mois, ces résultats ne sauraient être généralisés sans prudence aux phénotypes parodontaux fins ou aux patients présentant des facteurs de risque inflammatoires. Le succès repose ici sur une sélection rigoureuse de la technique chirurgicale en fonction de l'anatomie osseuse sous-jacente.
Synthèse de l’étude
Ce rapport de cas détaille la prise en charge d'une éruption passive altérée (APE) de Type I-B chez une patiente de 28 ans. L'intervention chirurgicale, associant gingivectomie à biseau interne et ostéoplastie sur le secteur maxillaire (#16-#25), a permis de recréer un espace supracrestal de 3 mm. Le suivi à un an confirme une stabilité gingivale optimale, sans inflammation ni récidive du sourire gingival.
Concrètement, pour le praticien :
- Diagnostic différentiel : Ne vous fiez pas qu'à l'examen visuel. Le recours au sondage osseux et au CBCT est indispensable pour identifier le sous-groupe B (crête alvéolaire proche de la JEC), nécessitant impérativement une résection osseuse pour éviter tout rebond tissulaire.
- Respect de l'espace biologique : Pour assurer la pérennité esthétique, maintenez systématiquement une distance minimale de 3 mm entre le nouveau bord gingival et la crête osseuse lors de l'ostéotomie sélective.
- Planification esthétique : La gingivectomie initiale à biseau interne sert de guide visuel ; elle définit les proportions coronaires idéales avant l'élévation du lambeau et le remodelage osseux final.
Lexique technique de l'étude
Éruption passive altérée (APE) : Condition développementale caractérisée par une migration apicale incomplète du bord gingival vers la jonction amélo-cémentaire après que la dent a atteint sa position fonctionnelle, se manifestant par des couronnes cliniques courtes et un affichage gingival excessif.
Attache tissulaire supracrestale : Anciennement nommée 'largeur biologique', elle désigne la somme de l'épithélium de jonction (moyenne ~0,97 mm) et de l'attache conjonctive supracrestale (moyenne ~1,07 mm), pour un total physiologique d'environ 2 mm.
Jonction amélo-cémentaire (CEJ) : Limite anatomique entre l'émail de la couronne et le cément de la racine ; sa proximité avec la crête alvéolaire est un critère diagnostique majeur dans la classification des éruptions passives altérées.
Cone-beam computed tomography (CBCT) : Technique d'imagerie radiographique tridimensionnelle utilisée dans ce cas pour évaluer précisément le rapport spatial entre la CEJ et la crête osseuse alvéolaire, palliant les limites des radiographies conventionnelles.
Type I, Sous-groupe B (Type I-B) : Catégorie d'APE présentant une large bande de gencive kératinisée associée à une crête osseuse située au niveau ou à proximité immédiate de la CEJ, imposant une chirurgie osseuse pour rétablir l'attache.
Gingivectomie à biseau interne : Technique d'incision initiale utilisée pour éliminer l'excès de tissu gingival tout en conservant la gencive kératinisée et en facilitant le repositionnement ultérieur du lambeau.
Ostéotomie et ostéoplastie : Procédures de remodelage osseux sélectif visant, dans ce cas précis, à recréer un espace minimal de 3 mm entre le nouveau bord gingival et la crête alvéolaire afin de garantir la stabilité de l'attache à long terme.
Source
- Titre original : Esthetic Crown Lengthening: A Case Report and Literature Review
- Auteurs : Zineb Essadeq, Bouchra Elhouari, Jamila Kissa
- Publication : Cureus - 2026-08-03
- DOI : https://doi.org/10.7759/cureus.113868
À lire aussi dans le blog Delynov
Position des limites cervicales : l'impact parodontal des couronnes prothétiques
Stabilité de l'attachement gingival : l'impact de la nanotopographie sous contrainte mécanique
Information destinée aux professionnels de santé. Ce contenu peut comporter des erreurs ou des résumés tronqués. Nous recommandons de toujours vérifier avec l'article source original. Delynov se décharge de toute responsabilité quant à l'utilisation de ces informations. Ce document n'est pas destiné aux patients ni au grand public.