Régénération parodontale : Le FGF-2 peut-il détrôner l'autogreffe osseuse ?
La gestion des défauts osseux verticaux reste un défi majeur en parodontologie. Si l'autogreffe osseuse (ABG) demeure le « gold standard » grâce à ses propriétés ostéo-inductrices et ostéogéniques, sa morbidité au site de prélèvement et la quantité limitée de tissu disponible poussent les cliniciens vers des alternatives moins invasives. Parmi elles, le facteur de croissance des fibroblastes-2 (FGF-2) recombinant s'est imposé comme une option biotechnologique de premier plan, promettant une régénération tissulaire par stimulation des cellules souches mésenchymateuses et néo-angiogenèse.
L'objectif de cette étude rétrospective, qui a analysé 180 sites chez 141 patients traités entre 2013 et 2023, était de comparer directement l'efficacité clinique du FGF-2 (150 sites) par rapport à l'ABG traditionnelle (30 sites). Au-delà de la simple comparaison des gains osseux et de la réduction de la profondeur de poche, les auteurs ont cherché à identifier l'impact des facteurs systémiques et morphologiques propres au patient — tels que le tabagisme, l'hypertension ou l'angle du défaut osseux — sur les résultats obtenus spécifiquement avec le FGF-2. L'hypothèse testée repose sur la non-infériorité clinique de cette approche biotechnologique face à la référence chirurgicale historique.
Design et population de l'étude
Cette étude de cohorte rétrospective a été menée au sein du département de parodontologie de l'hôpital universitaire d'Okayama. L'analyse porte sur un total de 180 sites cliniques chez 141 patients ayant reçu une thérapie de régénération tissulaire parodontale après une préparation initiale complète (élimination du biofilm et contrôle de l'inflammation).
Groupes expérimentaux
Les sites ont été répartis en deux groupes distincts selon le matériau de comblement ou l'agent biologique utilisé :
- Groupe FGF-2 (n = 150 sites) : Utilisation du facteur de croissance des fibroblastes-2 recombinant humain.
- Groupe ABG (n = 30 sites) : Utilisation d'une greffe osseuse autologue, prélevée sur le site chirurgical, le menton ou la branche montante de la mandibule.
Paramètres d'évaluation et analyses
L'efficacité clinique a été mesurée à l'aide de deux indicateurs principaux : le taux d'amélioration du défaut osseux vertical (VBDIR) par analyse radiographique et l'amélioration de la profondeur de poche au sondage (PPDI). Pour garantir la robustesse des résultats, les auteurs ont utilisé une analyse de covariance (ANCOVA) ajustée sur des variables de confusion telles que l'âge, le sexe, l'historique de tabagisme et l'hypertension artérielle. Une analyse linéaire multiniveau a également été réalisée pour isoler les facteurs influençant spécifiquement les résultats dans le groupe FGF-2.
Résultats : Une efficacité comparable au « Gold Standard »
L'analyse des données cliniques montre que le FGF-2 (recombinant human basic fibroblast growth factor-2) et l'ABG (autologous bone graft) permettent tous deux une amélioration significative des paramètres parodontaux postopératoires. L'étude n'a révélé aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes concernant le taux d'amélioration du défaut osseux vertical (VBDIR) et la réduction de la profondeur de poche au sondage (PPDI).
| Paramètre Évalué | Groupe FGF-2 (n=150 sites) | Groupe ABG (n=30 sites) | Significativité (ANCOVA) |
|---|---|---|---|
| Amélioration du défaut osseux (VBDIR) | Amélioration significative | Amélioration significative | Non significatif (p > 0,05) |
| Réduction de la profondeur de poche (PPDI) | Amélioration significative | Amélioration significative | Non significatif (p > 0,05) |
L'analyse de covariance (ANCOVA), ajustée selon l'âge, le sexe, les antécédents de tabagisme et l'hypertension artérielle, confirme que le FGF-2 offre des résultats cliniques équivalents à la greffe osseuse autologue, malgré le caractère invasif moindre de la molécule recombinante.
Facteurs d'influence spécifiques au FGF-2
Une analyse linéaire multiniveau a été réalisée spécifiquement pour le groupe traité par FGF-2 afin d'identifier les variables impactant le succès de la régénération. Deux facteurs se distinguent :
- Angle du défaut osseux (BDA) préopératoire : Une corrélation négative a été observée. Plus l'angle du défaut est large, moins les résultats cliniques sont favorables, soulignant l'importance de la morphologie du défaut dans la réponse au FGF-2.
- Antécédents de tabagisme : De manière inattendue dans cette cohorte, l'histoire tabagique a présenté une association positive avec les résultats cliniques sous FGF-2.
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Sur le plan qualitatif, l'évaluation radiographique à long terme (entre 9 mois et 2 ans) confirme la stabilité de la formation du nouvel os alvéolaire dans les deux groupes. Le FGF-2 semble donc s'imposer comme une alternative viable à l'autogreffe, évitant la morbidité liée au site de prélèvement tout en atteignant des objectifs de reconstruction morphologique similaires.
Analyse des performances du FGF-2 face à l'autogreffe
Les résultats de cette étude démontrent que le FGF-2 (rh-FGF-2) offre des performances cliniques comparables à celles de l'autogreffe osseuse (ABG). Aucune différence statistiquement significative n'a été observée entre les deux groupes concernant le taux d'amélioration du défaut osseux vertical (VBDIR) ou la réduction de la profondeur de poche (PPDI). Ce constat est crucial pour l'implantologue et le parodontologiste : le FGF-2 permet d'atteindre des objectifs régénératifs similaires à l'os autologue sans la morbidité, la douleur et le temps opératoire liés au site de prélèvement.
L'étude souligne toutefois que l'efficacité du FGF-2 est étroitement liée à la morphologie du défaut. L'angle du défaut osseux préopératoire (BDA) est négativement corrélé au succès : plus l'angle est ouvert, plus le potentiel de régénération diminue. Fait notable et atypique, l'historique de tabagisme a été positivement associé aux résultats cliniques dans le groupe FGF-2 au sein de cette cohorte spécifique, un point qui contredit les tendances habituelles de la littérature et nécessite une analyse prudente sur des échantillons plus larges.
Les limites de ce travail incluent son design rétrospectif et une disparité numérique entre les groupes (150 sites FGF-2 contre 30 sites ABG). Cependant, en s'alignant sur les données de précédents essais randomisés, cette étude confirme que le FGF-2 est une alternative viable et robuste pour restaurer l'architecture parodontale des défauts verticaux profonds, tout en simplifiant le protocole chirurgical au cabinet.
Synthèse des résultats de l'étude
Cette étude rétrospective comparant 150 sites traités par FGF-2 à 30 sites par autogreffe osseuse (ABG) démontre une équivalence clinique stricte en termes de comblement osseux et de réduction de la profondeur de poche. L'analyse multifactorielle révèle que le succès du FGF-2 est inversement proportionnel à l'ouverture de l'angle du défaut osseux (BDA). De manière surprenante, l'historique de tabagisme a montré une association positive avec les résultats cliniques dans le groupe FGF-2, suggérant une efficacité maintenue dans ce profil de patients.
Concrètement, pour le praticien :
- Alternative au gold standard : Adoptez le FGF-2 comme une alternative fiable à l'autogreffe pour le traitement des défauts verticaux ; il permet d'obtenir des résultats identiques tout en éliminant la morbidité liée au site donneur.
- Analyse morphologique préopératoire : Mesurez systématiquement l'angle du défaut ; privilégiez le FGF-2 pour les angles étroits, où son potentiel de régénération est maximal.
- Pronostic chez le fumeur : Ne considérez plus le tabagisme comme un frein absolu à la régénération parodontale avec le FGF-2, l'étude indiquant que cette technologie reste performante chez ces patients.
Lexique technique de l'étude
FGF-2 (Fibroblast Growth Factor-2) : Premier agent de médecine régénératrice parodontale approuvé, cette protéine recombinante humaine possède des propriétés angiogéniques puissantes. Elle stimule la prolifération des cellules souches mésenchymateuses pour induire la formation d'un nouvel os alvéolaire, de cément et de ligament parodontal.
ABG (Autologous Bone Graft) : Greffe osseuse autologue consistant à prélever de l'os cortical sur le patient lui-même. Bien que considéré comme le « gold standard » pour ses capacités ostéogéniques et son absence de risque immunologique, sa mise en œuvre reste limitée par l'invasivité du site de prélèvement.
VBDIR (Vertical Bone Defect Improvement Rate) : Taux d'amélioration du défaut osseux vertical. Cet indicateur radiographique permet de quantifier précisément la régénération osseuse obtenue en comparant la profondeur du défaut avant et après l'intervention chirurgicale.
PPDI (Probing Pocket Depth Improvement) : Amélioration de la profondeur de poche au sondage. Ce paramètre clinique mesure la réduction de la distance entre le rebord gingival et la base du sillon, validant l'efficacité du traitement sur l'inflammation et l'attache parodontale.
BDA (Bone Defect Angle) : Angle du défaut osseux préopératoire. L'étude souligne que cette morphologie osseuse influence directement le succès de la thérapie, un angle plus ouvert étant corrélé à des résultats cliniques moins favorables sous FGF-2.
ANCOVA (Analyse de Covariance) : Méthode statistique rigoureuse utilisée pour comparer les groupes FGF-2 et ABG. Elle permet d'ajuster les résultats en fonction de variables externes comme l'âge, le sexe, le tabagisme ou l'hypertension artérielle.
Source
- Titre original : A retrospective cohort study comparing periodontal regeneration using fibroblast growth factor‐2 versus autologous bone graft
- Auteurs : Toshiki Matsumoto, Shin Nakamura, Yuki Ito‐Shinoda, Mai Sakamoto, T. Ishii, Yasuki Nonomura, Hidetaka Ideguchi, Keisuke Okubo, Kazu Takeuchi‐Hatanaka, Kazuhiro Omori, T. Yamamoto, Shogo Takashiba
- Publication : 2026-01-19
- DOI : https://doi.org/10.1002/jper.70060
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